Éditorial

La question sociale au Sahara marocain mérite que l’on s’y attarde sérieusement. Non pas à cause de la pression de l’actualité mais à cause des efforts gigantesques qui ont été consentis par la nation dans cette région depuis plus de trois décennies. A question sociale, réponse sociale : cet axiome se vérifie partout y compris dans les provinces du Sud. Mais ce qui complique cette approche c’est que la région est à la veille d’une redéfinition de son statut — le projet d’autonomie offre une nouvelle architecture institutionnelle au sein de la nation — et que ce bouleversement historique, par le truchement des règles de la démocratie qu’il induit, va remettre en question les équilibres tribaux. Une hiérarchisation humaine nomade, récemment  territorialisée, qui va des Chorfas et leurs sous branches, à leurs alliés, à leurs protégés ou à leurs serviteurs, qui obéit à un discriminant politique net entre ceux qui sont encore séquestrés à Tindouf, ceux qui sont revenus et ceux qui ne sont jamais partis. Le rapport à la nation, à la loi, à l’allégeance au Souverain, à la perception de la future autonomie, à la représentation de l’identité collective passe par ces filtres qui au final surdéterminent le rapport des Sahraouis à l’Etat marocain. Comment s’exprime socialement cette diversité ? Quels enjeux politiques elle implique ? Et quels rapports de force sociaux cela induit-il vis-à-vis de tous les habitants légitimes de la région qui ne sont pas tous d’extraction tribale locale ? Ici, sans détour, on peut avancer que c’est la notion même de citoyenneté marocaine qui est battue en brèche par une approche qui conditionne le patriotisme à une rente. Qui soumet la fidélité à une rétribution. Qui exclut la paix sociale sans le versement d’un salaire lié à un emploi fictif.  Et qui lie une allégeance due  à des privilèges collectifs. Toutes les contestations territoriales — même les contentieux factices comme le nôtre —  dans leur phase de dénouement, s’accompagnent de la part de certaines populations d’un marchandage. A supposer que la démarche soit légitime,  la négociation ne se fait jamais d’une manière «sauvage» comme celle qui débute à Laâyoune, et qui risque de créer un appel d’air national. La négociation se déroule normalement dans le cadre d’un projet à condition que ceux qui discutent aient une qualité justement indiscutable, une adresse connue et qu’ils avancent à visage découvert.

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