Éditorial

Est-ce que le ministère de l’Intérieur est quitte de toute responsabilité après le limogeage de l’ex-wali de Laâyoune ? Une réponse individuelle — elle a été saluée, avec soulagement, et comme ils se doit par l’opinion publique – peut-elle servir de quitus à une gestion collective calamiteuse des évènements dramatiques de Gdim Izik ? Il est évident que non. Il faut tout revoir: les procédures, les circuits de décision, la gestion des crises, les tableaux de bord, le reporting, les circuits de l’information, les modes de prises de décision, les alertes, etc. Tout revoir, car tout cela n’a pas fonctionné, ou pas dans le bon sens. Le droit à l’accès à l’information que l’on réclame pour les journalistes professionnels, et pour la société, l’on doit peut-être, désormais, le réclamer, aussi, et d’abord, pour les responsables du ministère de l’Intérieur pour qu’ils puissent anticiper salutairement leurs prises de décision tellement ils ont semblé, lors des évènements de Laâyoune, complètement hors sujet. Comment cette maison connue, par le passé, pour sa réactivité, son expertise, son sens de l’efficience — au point où l’on parlait à son sujet de toute puissance, d’omnipotence, d’hégémonisme — s’est retrouvée dans cet état d’insuffisance, d’incapacité et de tétanisation ? Comment ce ministère s’est vidé de sa substance au point où, aujourd’hui, il paraît comme le parent pauvre de la technostructure gouvernementale? Un leadership instable en cours perpétuel de construction, un système de chaises musicales des agents d’autorité qui ne correspond plus à aucune règle professionnelle connue ou lisible, ni en terme d’évolution des carrières, ni en terme de maturation des compétences. Une administration territoriale avec toutes ses ramifications qui a abandonné l’ancien concept de l’autorité sans être capable de donner corps au nouveau concept de l’autorité d’une manière crédible. Une mauvaise compréhension du sens de la démocratisation du pays au point où les walis vivent, parfois, — sans secours de l’administration centrale —constamment sous les fourches caudines de certains notables électoraux «autonomisés» devenus des monstres hyperpuissants et ingérables — y compris au Sahara. Il va falloir actualiser, et mettre au net, tout cela. Faire une mise à jour des droits et devoirs de chacun. Remettre, sans nostalgie aucune pour les déviances du passé, le ministère de l’Intérieur dans le sens de la professionnalisation, de la production intelligente et de la modernité. Mais pour cela, il est clair qu’il faut sortir de la gestion «au jour le jour», il faut une vision, une stratégie et un leadership compétent qui bénéficie de suffisamment de durée, de temps, pour mettre en œuvre une nouvelle stratégie, celle d’un ministère de l’Intérieur du 21ème siècle.

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