Éditorial

Je n’ai rien à ajouter aux commentaires brillants développés par notre confrère Mustapha Khalfi, directeur d’Attajdid, au sujet du départ «volontaire» de Ahmed Réda Benchemsi (ARB) de l’hebdomadaire «TelQuel» qu’il a créé, il y a dix ans. ARB a choisi de donner un nouveau cours à sa carrière en s’installant aux USA après avoir contribué efficacement à animer le débat public d’une manière souvent tranchée, parfois controversée, ou polémiste, mais toujours utile au développement de la démocratie et de la liberté d’expression dans notre pays. Nous n’avions pas toujours les mêmes idées, ni les mêmes positions, mais nous étions convaincus, tous, de faire un même métier qui n’est pas réductible, par sa nature même, à un modèle unique. C’est pour cela, qu’en tant que lecteur, en tant que journaliste et en tant que responsable fédéral, je ne me réjouis pas qu’un confrère, éminent professionnel, puisse s’imaginer un avenir en dehors de sa Patrie. Cela veut dire, pour moi, deux choses : 1) Quand la diversité journalistique se réduit, c’est tout le fragile biotope médiatique qui est menacé. C’est une réalité aujourd’hui plus qu’hier. Une sorte d’effet de serre nuisible à la démocratie et au pluralisme. 2) Notre secteur médiatique — usé par les expérimentations hasardeuses,   les manipulations   monstrueuses, la chasse méthodique de l’excellence, de la crédibilité, et la promotion institutionnalisée de la médiocrité —   n’offre plus d’avenir aux professionnels qui l’exercent par devoir, par talent ou par conviction. La situation est, en effet, grave. Le populisme telle une espèce intrusive a envahi la presse écrite qu’il finit d’étouffer en ruinant les entreprises de presse et en tirant vers le bas les consciences. Son succès est à l’image de notre échec professionnel collectif. Le populisme a, aussi, pris solidement pied dans les radios qu’il dévoie au jour le jour. Et, le comble, le populisme   a, également,   pris place à la télévision publique, en prime time, pour liquider, invalider, définitivement, toute aspiration à une vie politique normale ou digne. Le bilan est, à l’évidence, peu reluisant.
Et l’avenir ne s’annonce pas prometteur. Le contrat programme qui lie l’état à la presse est échu depuis longtemps. Le projet de Conseil national de la presse est mort-né. Le nouveau code de la presse est dans des tuyaux improbables. Les résolutions pertinentes du livre blanc du débat national Médias et société ne sont pas prêtes à une mise en œuvre demain. Que nous reste-t-il ? Rien. Je me réclame, explicitement, du même esprit monarchiste que ARB a invoqué, dans son dernier article, pour demander à SM le Roi de poser, sur nous, une main bienveillante et protectrice afin de sauver ce qui reste encore d’un secteur qui se meurt. Et de lui donner, contre toutes les formes d’éradications en action, un avenir possible. C’est notre dernière chance. Je le dis, unanimement, avec mes confrères, SM le Roi est notre dernier recours.

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