Éditorial

Moulay Hicham sur France 2 a fait, sur le fond, une intervention moins catastrophique que prévue. Cela aurait pu être pire. Mais il a joué sa partition : un prince en réserve de la monarchie qui joue le rôle, comme dans les chaînes satellitaires sportives, de consultant en révolution arabe. Tantôt prince rouge silencieux sur sa fortune personnelle, tantôt «Iznogoud» qui tait son ambition. Mais toujours en rupture de ban familial tellement il est obnubilé par le parcours réussi de son cousin le Roi du Maroc contre lequel il essaie politiquement, tant bien que mal, d’exister. Dans le monde arabe, le temps des plans B est advenu pourquoi ne ferait-il pas une offre inexprimée à ceux qui arbitrent hasardeusement les transitions. En égypte, nos amis américains ne se paient-ils pas le luxe d’avoir quatre fers au feu ? A qui mieux mieux. Mais revenons au «Mots croisés» princier sur France 2. A l’évidence, à l’oral le prince est plus en retrait que dans ses positions écrites. C’est la loi de la télévision et les conséquences de l’écriture collective. La télévision mobilise des compétences formelles et rhétoriques supplémentaires pour que le message passe convenablement. Et l’écriture collective dans sa perfection et sa pertinence multiple, à plusieurs mains, limite passablement la défense individuelle, solitaire, d’un texte devant une caméra obstinée. Ce qui se conçoit dans la fureur, même dans les salons feutrés de Princeton, ne peut s’énoncer que dans la confusion. Mais l’élément choc de l’émission pour un spectateur marocain élevé non pas dans la peur des princes, le peuple qui a inventé la Siba peut dépasser aisément cet état, mais dans le respect infini et multiséculaire de princes de sang — ceux-ci le lui rendent bien par une réserve bienveillante et une élégance éthique de tous les instants— réside dans la colère à peine maîtrisée, roturière, dont a fait montre Moulay Hicham. Une violence sourde, épaisse, visible qui se traduit à l’écran en rictus, en variations brutales de ton, en accélérations verbales saccadées et puis en dandinements brefs de la tête ou en balancements irréfléchis du corps. Une douleur physique apparente, une souffrance, qu’accompagne un raisonnement tortueux, alambiqué, qui masque son objet intime, c’est-à-dire une contrariété dynastique profonde. Comment peut-on maladroitement distiller, à un peuple légitimiste, le poison d’une substitution d’allégeance pour soi-disant le libérer ? N’a-t-il pas théorisé avec ses amis, un jeu de chaises musicales, le refus de la règle constitutionnelle de la primogéniture dans la succession monarchique marocaine ? Que serait cette improbable émancipation reposant sur une trahison familiale ? Le système de pensée «révolutionnaire» de Moulay Hicham s’effondre en direct à la télévision. L’affaire finit en boutade. Tant mieux. Tout cela n’est pas sérieux.

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