Éditorial

Les partis politiques marocains se méfient d’Internet et de l’action politique virtuelle. Englués dans le réel, ils ne comprennent pas que l’on puisse vouloir agir politiquement en excipant de deux qualités qui définissent l’essence de la communication sur Internet: l’anonymat et l’irresponsabilité. Sur le net, vous ne savez pas qui je suis et je ne suis pas responsable de ce que je dis. Ce principe de la démocratie numérique, nos hommes politiques ne le comprennent pas. Ils ont des considérations plus analogiques. Tout cela tourne autour d’un appel à manifestation pour les réformes au Maroc pour le 20 février 2011. Le PJD a refusé d’entendre cet appel au motif qu’il ne gesticule pas avec n’importe qui. Il est pour l’accélération des réformes, rapide, mais par des voies plus conventionnelles. D’autres partis politiques suivent cette position. Seuls, pour l’instant, les amis de Abdeslam Yassine, ses héritiers putatifs, adhèrent à cette manifestation de la vérité divine en empruntant comme toujours des voies impénétrables. L’occasion faisant le larron, les responsables de la Jamaâ viennent subitement de faire une pause révolutionnaire opportune — on ne sait jamais, elle peut payer — dans le processus d’intégration «subliminal», mai réel, qu’ils ont engagé avec les autorités. Il reprendra probablement après la fin des «évènements» si une disqualification n’intervient pas d’ici là. Les cadres du mouvement : Nadia Yassine, Fathallah Arsalane, Mohamed Chbani, Abdelwahed Moutawakil, Hassan Ben Najeh, Omar Aherchane et les autres doivent savoir ce qu’ils veulent et surtout s’ils veulent peser sur l’avenir de ce pays d’une manière plus «assumable», plus conforme à la démocratie et à la paix de la Nation. Il est effectivement peu probable, on l’a vu ailleurs, que la revendication sociale arabe actuelle recroise le chemin du passé, celui du militantisme religieux sectaire des années 80. L’intégrisme, à l’évidence, n’est plus porteur d’espoir dans le monde arabe. Il n’est plus — s’il ne l’a jamais été — une espérance porteuse d’un projet politique. Les exemples tunisien et égyptien, en ramenant à l’échelle individuelle la dimension religieuse, ont exprimé une réalité plus laïque, plus attachée à un mode de fonctionnement démocratique de la société. Ni les slogans ni les actions n’ont prêté à confusion à ce niveau là. Ni l’Iran, ni Khomeiny, ni Mourchid, ni Ayatollah… La réforme, le changement, le partage, la solidarité, la dignité… c’est ce que nous avons entendu loin des sirènes de l’obscurantisme.

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