Éditorial

Le sursaut de la jeunesse marocaine du 20 février porte, à l’évidence, en dehors du contexte révolutionnaire arabe, plusieurs messages endogènes en relation avec la nature même de la transition marocaine vers la démocratie. Aucun des slogans mis en avant par la jeunesse n’est en soi original ou étranger à une «rhétorique» militante connue d’une large frange de la classe politique marocaine, celle qui est, notamment, attachée culturellement à l’idée de progrès. La nouveauté, et celle-là est absolue, est que la jeunesse que l’on disait dépolitisée, lobotomisée, scotomisée — exclue du champ de la conscience — inconsciente, etc. a repris en charge, en quelque sorte, les slogans de «Papa». Ceux du passé et, paradoxalement, ceux, aussi, de l’avenir. La réforme de la Constitution, la dimension «exécutive» de la monarchie, la séparation des pouvoirs, la réhabilitation du pouvoir législatif, le renforcement du pouvoir de l’exécutif, l’indépendance de la justice, etc. Huit réformes constitutionnelles ont par le passé tourné autour de ces questions, les réformes prochaines, également, aborderont ces mêmes questions avec probablement des domaines nouveaux comme la régionalisation, le droit à l’information, l’identité culturelle plurielle du Royaume, la parité… Ce qu’il faut noter c’est que le débat constitutionnel au Maroc n’est pas tabou, n’ a jamais cessé et a toujours été, depuis l’indépendance, au cœur des mutations politiques que vit le pays. Hassan II en avait fait un art consommé. Le nouveau règne n’a pas encore dévoilé son approche en la matière, elle sera, certainement, conforme à l’idée avancée de modernité et de démocratie que se fait SM Mohammed VI de l’avenir du Royaume. Maintenant, et pour être complet, l’autre registre des revendications de la jeunesse du 20 février a porté sur des thématiques très consensuelles, et très partagées, et qui, de fait, sont portées, aujourd’hui, par toute la Nation. La corruption, la mauvaise gouvernance, la dilapidation ou le détournement des fonds publics, le népotisme, l’enrichissement sans cause, l’inégalité des chances, les monopoles économiques et les abus de position dominante, etc. Toutes ces questions sont mal traitées, ou pas traitées du tout. Elles constituent un harcèlement moral permanent qui «énerve» le pays en le poussant, parfois, à douter de ses fondamentaux et ralentit son décollage économique et démocratique. Dans le discours de la jeunesse sur la réforme ou sur le changement, l’on voit bien, au final, qu’il y a un volet qui relève de la réforme de l’état et des institutions, et un volet qui concerne ce que peut faire un exécutif fort et responsable devant un Parlement autonome et compétent. Ce sont, effectivement, là les deux pieds sur lesquels doit marcher une transition qui veut reprendre une cadence démocratiquement acceptable si elle ne veut pas que ses acquis nombreux soient annulés par des convulsions historiques collatérales qui lui sont politiquement et culturellement étrangères.

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