Éditorial

Après les fameux tenants de l’exception marocaine qui cherchent à soustraire le Maroc de l’agenda des réformes dans le monde arabe et empêcher l’accélération de la cadence des réformes démarrées, dans le pays, depuis plus de dix ans, nous avons, aujourd’hui, ceux qui pensent que «la monarchie marocaine n’a pas besoin d’être défendue.» Elle se défendrait, selon eux, toute seule par essence ou par un fait immanent. Ils sur-légitiment la monarchie en lui prêtant à dessein des qualités magiques pour mieux la couper de ce qui la fonde, à savoir la légitimité populaire et historique. Cette idée bien étrange et intrigante à plus d’un titre, subliminale, jaillit d’une «bien-pensance», qui gravite — le mot est faible — dans les sphères à densité variable du pouvoir. Cela veut dire quoi? Que l’institution monarchique est en dehors de l’Histoire, en dehors des courants sociaux profonds? Qu’elle n’est assujettie à aucun pacte, à aucune allégeance réciproque, à aucun contrat social ou moral ? Que la monarchie n’a pas besoin d’être défendue alors qu’une fraction importante de la jeunesse s’éveille légitimement à des idées décisives comme l’équilibre des pouvoirs constitutionnels et surtout leur séparation. Alors que les aspirations à une vraie citoyenneté en rupture avec les modèles ancestraux de sujétion voient le jour d’une manière impatiente. Alors, tout simplement, que le Maroc change, se modernise et se démocratise. C’est quoi cette conception de la monarchie qui n’a pas à se défendre au motif que ceux qui formulent cette ineptie militent pour un statu quo qui sauvegarderait  leurs privilèges actuels ? Sous cet angle, la démarche est compréhensible. C’est une forme de déni qui se pare d’une surenchère royaliste que le Roi lui-même, clairvoyant, ne revendique pas. On peut énoncer simplement pourquoi la monarchie marocaine doit se défendre. Elle est porteuse d’un modèle de stabilité et de fédération des Marocains qui doit être défendu tous les jours et par tous. Il y a un consensus national profond sur cette question mais qui doit être nourri de nouvelles idées de progrès, d’égalité, de responsabilité démocratique et de citoyenneté. L’enjeu est là, le nier c’est exposer la Nation au danger de la fitna. Le projet de modernité, développé par SM Mohammed VI, dès le début de son règne englobe l’institution monarchique, aussi, et c’est cela qui lui donne sa crédibilité, sa puissance et sa cohérence. Et c’est pour cela qu’en ces périodes troubles, où seule la lumière grise de la lâcheté éclaire les chemins de traverse, il va nous falloir défendre nos valeurs partagées, si nous en avons, une à une.

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