Éditorial

Ce qui s’est passé à Al Hoceima montre la profondeur du malaise qu’a l’état marocain avec certaines de ses régions. Une vraie difficulté à appliquer l’état droit dans une région où la population considère, à tort ou à raison, que ses spécificités nécessitent des aménagements légaux particuliers y compris avec le Code pénal. Et pourtant aucun effort n’est ménagé. Depuis le tremblement de terre de 2004, on peut dire que le Roi en personne s’est investi dans la reconstruction et la mise à niveau de la région. Les moyens de l’état ont suivi. Les séjours royaux se sont multipliés. Des relais présumés fiables adoubés pour la bonne cause ont mobilisé la société civile locale. L’appareil administratif  dos au mur a  été mis au défi de la transparence et de la bonne gouvernance. La justice a suivi. Que reste-t-il de tout cela après la casse du 20 février 2011 ? Les manifestations au Maroc pour la dignité ont tourné au cauchemar  à Al Hoceima. Des nervis, des bandes de trafiquants, des voyous de tout acabit ont mis à feu et à sang une ville face à une population sidérée et une classe politique locale abattue et démissionnaire.  Que se passe-t-il dans cette ville ? Où sont les fameux relais ? Où sont les élus ? Les partis politiques, les nouveaux et les anciens ? Le rêve d’un Maroc réconcilié avec le Rif ?  La déception est immense. Cependant trois remarques : 1) Le démantèlement dans le Rif de la culture et de l’économie du cannabis ne se fera pas sans violence. Le coût social de cette reconversion ne peut être supporté par le seul budget marocain. Nos associés européens doivent prendre conscience de cela et rompre avec leur langue de bois habituelle en la matière. 2) Sans une vision intégrée et, pour le coup, cette fois-ci, spécifique, les politiques publiques dans la région resteront inefficientes surtout sans une gouvernance irréprochable. 3) Si la régionalisation avancée pouvait avoir un sens — au-delà de l’affaire du Sahara qui relève d’une autre logique — c’est dans la région du Rif qu’il doit s’exprimer. Il n’y a aucun mal à ce que les gens de la région gèrent directement leurs affaires mais dans le cadre de l’économie formelle — sans corruption et sans népotisme — et de l’état de droit.
La loi doit absorber toutes les spécificités. Maintenant sur le plan politique il y a une grave tension, la même que l’on retrouve désormais dans plusieurs villes marocaines. Là où le PAM attaque les bastions traditionnels de l’Istiqlal ou les positions électorales  du PJD ou d’autres partis qui refusent de se laisser faire, la dégradation du débat politique, —devant une administration  en mal de neutralité—,  entraîne directement des troubles à l’ordre public de Tanger à Laâyoune, d’Al Hoceima à Oujda, etc. Les manifestations du 20 février 2011 ont servi d’occasion en or pour les «victimes»  de cette grave dérive politicienne pour exprimer, en sous-main, leur colère. Ressaisissons-nous !

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