Éditorial

L’initiative de l’USFP d’ouvrir des discussions aves ses alliés pour ouvrir le chantier des réformes constitutionnelles et politiques afin de soumettre un mémorandum à SM le Roi est une bonne initiative. Il faut le dire et expliquer pourquoi. Premier point. Les manifestations ne se suffisent pas à elles-mêmes. Elles ont des revendications, des demandes, qui doivent sortir du champ purement incantatoire à un cadre concret politiquement réalisable. C’est le rôle et la fonction des partis politiques sérieux. Cette initiative des socialistes est une tentative de reprendre la main, du virtuel au réel, en rapatriant dans sa sphère naturelle, politique donc, une revendication constitutionnelle traditionnelle d’une fraction libérale ou progressiste de la classe politique marocaine. Deuxième point. Il est sain que la rue —  c’est-à-dire les citoyens organisés et s’exprimant d’une manière responsable et pacifique — aiguillonne le pouvoir. Il est tout aussi sain que ce pouvoir l’écoute et interagisse en conséquence surtout s’il est lui-même engagé, comme c’est le cas au Maroc, dans une transition démocratique. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut qu’à un moment donné, les partis politiques enfin réveillés de leur hibernation suicidaire entrent, conscients de leur mission et de leurs devoirs, dans la danse pour donner corps à la demande, ou à l’exigence, de réformes. Nous ne sommes pas un pays où il y a rien. Pas de partis politiques, de syndicats, de société civile organisée, d’opinion publique, d’associations professionnelles, etc. Et où il n’y aurait qu’un pouvoir livré à l’ivresse de sa puissance politique et économique ou à l’omnipotence de ses appareils sécuritaires. Notre pays ne ressemble pas à cela. Il a, par contre, besoin pour consolider son expérience démocratique de se réformer plus vite, plus en phase avec les aspirations des citoyens, notamment des plus jeunes d’entre-eux. Pour cela, il y a une seule méthodologie, celle de la démocratie. On ne change un pays que par la loi. Les partis proposent. Le Parlement vote. Le gouvernement agit. Et surtout, et c’est là où, peut-être, la singularité marocaine doit pouvoir s’exprimer, il faut que le Roi devienne rapidement le leader de ce processus de changement, le garant de sa profondeur réformiste et le gardien de son agenda, c’est-à-dire de sa vitesse d’exécution. Si les manifestations du 20 février ont réveillé les acteurs de la transition au Maroc, cela serait déjà un gain formidable pour cette Nation. Le Maroc est peut-être, aujourd’hui, le seul pays au monde où il est encore possible de faire la révolution avec le Roi.

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