Éditorial

Comment lire la convergence actuelle entre les intégristes d’Al Adl Wal Ihssane et les reliquats de l’extrême gauche marocaine des années 70? Si la question était uniquement politique, c’est-à-dire construite sur des idées et des prises de position, elle n’aurait pas été posée aujourd’hui — toutes les recettes sont imaginables pour faire un tagine idéologique — mais comme cette convergence impacte, désormais, dans une conjoncture très sensible, l’ordre public et les enjeux du maintien de l’ordre, elle devient tout à coup pertinente. Que peut lier les ouailles de Abdeslam Yacine, un intégriste illuminé dont la rationalité révolutionnaire se résume à une version antédiluvienne de la fin du monde, la kawma, et  Abdellah El Harif, un altermondialiste révolutionnaire, conducator du mouvement marxiste d’Annahj Addimocrati ? La haine du régime marocain, la volonté de nuire à l’institution monarchique, l’installation du communisme, la destruction de la transition démocratique, le sabotage de la réforme constitutionnelle, etc., aucune des raisons de cette nature ne peut à elle seule décemment justifier les effets dévastateurs de cette convergence sur le terrain. Au motif de faire vivre la liberté d’expression, de contribuer aux débats et de manifester pacifiquement pour la promotion de leurs opinions, ces activistes exécutent un agenda dangereux pour la démocratie marocaine et étranger aux aspirations majoritaires et légitimes des Marocains de voir leur pays se doter d’un référentiel démocratique se rapprochant le plus des standards internationaux. La technique «révolutionnaire» de harcèlement permanent des forces de l’ordre dans des manifestations aussi spontanées que non autorisées est connue. Elle génère des heurts, des dérapages, de la répression, des «martyrs» et de la couverture médiatique. Le cercle est huilé. Les forces de l’ordre sont astreintes à des interventions chirurgicales. Si elles perdent leur retenue — c’est l’objectif du harcèlement —  elles peuvent faire des dégâts substantiels et déclencher des processus irréversibles non maîtrisables. Les jeunes du 20 février doivent être plus regardants sur leurs compagnons de route. Ils doivent trancher et développer un discours audible sur les vrais adversaires de la construction de la démocratie au Maroc. Toutes les idéologies ne se valent pas. Toutes les fréquentations ne sont pas possibles au seul motif que l’on veut très fort le changement. Une ligne de démarcation nette existe entre les dérives fascisantes et les aspirations au progrès et à la démocratie. L’Histoire nous apprend que les voleurs de «révolution»  sont toujours à l’œuvre dans ce genre de conjoncture. Le monde que ces spoliateurs nous préparent peut être pire que le monde qui s’en va.

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