Éditorial

Les répliques sismiques du discours royal continuent. Dans l’ordre des tremblements de terre, nous sommes dans une belle amplitude «richtérienne» inédite. Trois points importants. 1) Des pans entiers des discours automatiques se sont effondrés. Les acteurs politiques et les commentateurs — dont les journalistes, locaux et internationaux — sont astreints  au renouvellement. Les bégaiements dactylographes auxquels nous assistons aujourd’hui relèvent plus de la paresse intellectuelle que d’une imagination prédictive ou d’une prospective honnête.  2) Le flou règne. Et il est entretenu. Autant le discours royal était clair, sans ambiguïté — contrairement à ce qu’avancent d’aucuns —, autant les critiques qui lui sont opposées, même celles qui sont légitimement fondées, relèvent davantage du procès d’intention quand elles ne dénotent pas, plus trivialement, la mauvaise foi. Rendre le Roi, qui a fait des concessions majeures pour l’institution dont il a héritée, en allant au-devant des aspirations des Marocains pour le changement, comptable des conclusions d’une commission constitutionnelle qui n’a encore rien livré est pour le moins prématuré. 3) Le troisième point et qui semble le plus grave c’est la confusion idéologique. Les jeunes n’ont pas encore tranché. Le peuvent-ils ? L’arc de la contestation, minoritaire, bruyant et hypermédiatisé, constitué nettement des jeunes du 20 février, des intégristes fascisants «adlistes» et d’une fraction de la gauche radicale pose un problème de cohérence politique et de projet de société au-delà du souhait sympathique et partagé de faire tomber joyeusement le régime. Sur ce point le silence, notamment médiatique et organisationnel, sidéral de la classe politique et syndicale pose vraiment un vrai problème. N’ont-ils plus rien à défendre ? Plus rien à dire? Plus de légitimité à faire valoir ? Ont-ils cédé leurs droits à ceux qui occupent la rue ? Sont-ils tétanisés à ce point. Les enjeux de l’égalité dans une société qui se veut démocratique ne supposent pas, loin de là, que certains soient plus égaux que d’autres. C’est cette équation que le Maroc de l’après 9 mars doit régler, assez vite, d’une manière bien évidemment pacifique.

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