Éditorial

Sans conteste, le PJD a livré à la Commission Mennouni un texte digne d’intérêt. Ceci, pour autant, ne diminue pas la valeur de notre critique générale qui avance que les partis politiques marocains dans l’ensemble ont livré des copies sans audace ni créativité. Nous les examinerons toutes dans les jours qui viennent. Pour revenir à la proposition du PJD, deux remarques rapides. D’abord un effort de présentation indéniable qui traduit en fait une bonne rigueur méthodologique et une bonne déclinaison logique des réformes. Les sept objectifs de la réforme sont habilement «tricotés»,  ce qui donne une cohérence globale à la proposition constitutionnelle du PJD.  En clair, que veut le PJD? Une monarchie parlementaire à référentiel islamique basée sur la Commanderie des croyants. Un Roi qui règne avec tous les attributs moraux que lui confère son ascendance religieuse. Et un gouvernement qui gouverne soulagé du poids des décisions les plus lourdes, celles qui relevaient autrefois de la compétence exclusive du Souverain, par un Haut Conseil d’État (HCE) présidé par le Roi lui-même. C’est encore une fois très habile. Le Conseil des ministres disparaît, et un Conseil de gouvernement aux larges attributions, présidé par le Premier ministre ou un président du Conseil, gouverne le pays. Il est responsable devant un Parlement doté de tous les pouvoirs utiles pour le contrôle. Saisine aisée du Conseil constitutionnel, statut avancé de l’opposition qui préside les commissions d’enquêtes, droit d’accès à l’information gouvernementale, audition des responsables, structuration des questions orales, etc. Le Conseil supérieur de la magistrature voit sa composition modifiée et voit, également,  sa présidence confiée au premier président  de la Cour suprême. Le ministre de la Justice est renvoyé naturellement à sa qualité de responsable des procureurs du Royaume chargés de requérir l’application de la loi. Une possibilité est même  donnée aux citoyens de saisir le Conseil constitutionnel. Répétons-le, le texte du PJD n’est pas inintéressant. Maintenant comment peut-on évaluer politiquement cette proposition? Nous sommes un peu troublés. C’est en gros un texte qui s’appuie sur la religion et l’identité musulmane du pays pour déployer une mécanique constitutionnelle laïque qui s’attache aux vertus de la démocratie. Ce texte est même prêt à constitutionnaliser l’égalité homme-femme à condition que cette égalité soit compatible avec les valeurs de l’Islam, c’est dire. Il est difficile de savoir à quel modèle se réfère ce texte qui n’est ni turc, ni salafiste, ni chiite, etc. Il semble être un compromis, une tentative respectable et sérieuse d’adapter l’expérience de l’islamisme parlementaire à une sorte de modernité démocratique produit de la transition marocaine.

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