Éditorial

Au lieu de lancer, aujourd’hui, en ces temps bruns-gris de reflux électoral, un débat «pipé» sur l’Islam et la laïcité, la France de Nicolas Sarkozy serait mieux inspirée de changer de stratégie. Elle s’engage à coup sûr dans une impasse. Notre vocation n’est pas de donner des conseils au président de la République française — nous ne sommes ni qualifiés ni légitimes pour cette tâche — mais au point où il en est, il devrait pouvoir écouter des avis politiquement désintéressés. Trois points. 1) De ce côté-ci de la Méditerranée nous avons accordé beaucoup d’espoir à une idée comme celle de l’Islam de France. Nous avons cru qu’à un moment l’alchimie entre Islam et France, la République, allait créer une sorte de modernité islamique, digne et évoluée, adaptable sous nos tropiques alors que nous subissions la pression des intégrismes de toutes sortes. L’espoir a tourné au cauchemar, et l’Islam de France est devenu synonyme de caves, de clandestinité, de criminalisation et de honte. 2) On a pensé, également, qu’un acteur décisif et courageux comme Nicolas Sarkozy qui a eu le mérite de contribuer à l’institutionnalisation de l’Islam en France à travers le CFCM allait refuser de tremper dans la manipulation électoraliste de cette importante religion dans l’Hexagone. Nous sommes déçus. Ce qu’il est en train de faire actuellement avec Claude Guéant et Jean-François Copé est proprement scandaleux sur le plan moral et éthique. Le chemin du second mandat pour Nicolas Sarkozy ne passe pas par la diabolisation de l’Islam et la stigmatisation de citoyens français de confession musulmane. L’antagonisation d’une fraction de la communauté nationale française — c’est cela le vrai communautarisme républicain, celui des valeurs de la République — pour des raisons strictement électorales est indigne. Il faut se ressaisir. 3) La piste humaniste que Nicolas Sarkozy doit défricher, s’il veut rester dans l’esprit de la création du CFCM, est d’être à l’initiative de la création d’un pacte républicain sur l’Islam de France qui réunirait tous les partis politiques français, crédibles et responsables, pour sortir solennellement cette religion du dénigrement politicien, de la sphère électoraliste et de la pulsion des surenchères haineuses. Tracer une ligne républicaine définitive, rouge si nécessaire, entre les droits humains tels qu’ils sont protégés par les valeurs de la République, et les aventuriers de la haine, les commerçants du mépris et les rentiers du racisme électoral.

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