Éditorial

L’élite marocaine a peur de la démocratie. Elle a toujours vécu sous la protection d’un état fort — une monarchie exécutive —qui lui a aménagé, à titre exclusif, des espaces spécifiques de bien-être, de développement et de liberté relative. Les autres franges de la population n’étaient pas, selon elle, mûres; elles devraient se contenter d’un système pré-démocratique embryonnaire. Aujourd’hui, ce qui est en jeu est d’élargir les espaces de liberté pour tous dans le cadre d’une monarchie qui aurait complètement acclimaté les règles universelles de la démocratie. Cette affaire n’arrange pas, manifestement, les élites qu’elles soient politiques, économiques ou intellectuelles. Pour elles, la nécessité d’un état fort qui protège contre le plus grand nombre est vitale. C’est dans le sillage, et dans l’ombre, de cet état que des fortunes ont été produites, des rentes gérées, que des systèmes de prédation ont été mis au point, que de faux leaders ont été fabriqués, etc. Aujourd’hui, ces élites sont perdues. Elles critiquent systématiquement le discours royal du 9 mars – elles estiment qu’il a été trop loin -, et elles demandent une reprise en main vigoureuse de la rue et une mise au pas d’une jeunesse qui prend ses désirs juvéniles pour la réalité. «Il faut que cela cesse», est le mot d’ordre du moment. En fait, les événements ont dépassé , non seulement, la classe politique qui se trouve tétanisée par ses handicaps et les défis qui l’attendent, mais ils ont aussi dépassé d’autres classes sociales qui faisaient du discours démocratique une distinction mondaine. Maintenant, on y est. Il n’y a plus de faux-fuyant. Il faut habiter une nouvelle réalité marocaine, celle de la démocratie. Pour tous.

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