Éditorial

Que le débat politique chez nous — un débat constitutionnel de très haut niveau qui préfigurera le Maroc du 21ème siècle — se réduise désormais à être pour ou contre Mawazine est un peu affligeant. Que les tenants du changement, de la démocratie, de la dignité et de l’égalité, de la jeunesse libre commencent par revendiquer la fermeture d’un festival, casser un événement culturel de grande valeur ajoutée pour le pays et vouloir, au final, censurer la culture est très choquant. On s’arrêtera à cette dimension culturelle dans l’analyse de ce coup de force contre les idées et la création. L’aspect politique, idéologique et parfois démagogique développé abondamment dans la littérature de ceux qui sont pour la censure du festival se suffit à lui-même. Il trouvera sa résolution dans le rapport de force politique et la manière dont la démocratie va le trancher pacifiquement. Ceci ne se réalisera pas dans la condamnation comminatoire, «takfiriste», d’un évènement culturel. Une condamnation à mort ! Tout un symbole. Quelle liberté peut naître sur ces fonts baptismaux ? Quels droits de l’Homme peuvent prospérer, aujourd’hui, sur la terreur aveugle d’une «bienpensance» à laquelle aucun schéma démocratique connu n’ a commencé à donner un début de commencement de légitimité. L’enfer est pavé de bonnes intentions. C’est pour cela qu’il est urgent de faire très attention à ce que des idées, en apparence, inoffensives et consensuelles n’aboutissent pas à des cauchemars. Quant à Mawazine, il y a mille manières de le reformater, de réduire sa voilure, de le rendre à une taille plus humaine, plus inclusif pour nos artistes, plus accueillant pour l’art national, etc. Là n’est pas la question aujourd’hui. C’est un autre débat.

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