Éditorial

La libération, notamment, des cinq détenus politiques de l’affaire Belliraj pose, aujourd’hui, crûment, la question de fond de savoir quand le Maroc va rompre définitivement avec la pratique de la détention politique. La récurrence de ce type de détention — on ne parle pas du volume qui est plus ou moins grand en fonction des périodes chaudes ou froides — et la récurrence des grâces royales font que nous sommes face à un cycle historique sinusoïdal. Le cycle se répète sur la base pratiquement du même modèle sans que les dispositifs institutionnels de prévention, c’est-à-dire la loi, n’arrivent à le stopper durablement. La grâce royale servant de régulation. A chaque accélération politique ou sociale de nature conflictuelle et non prise en charge par des médiations démocratiques, des réflexes sécuritaires et liberticides, honnis de la manière la plus solennelle, revoient rapidement le jour. Avec cette thématique de la détention politique, nous sommes donc au cœur des enjeux de la transition démocratique au Maroc. Et c’est là où les nouvelles institutions constitutionnelles doivent créer le cadre définitif pour juguler définitivement ce genre de pratique dans notre pays. Plus simplement, et plus clairement, dans un pays où le magistrat est autonome, compétent et intègre, dans une nation où les droits des citoyens sont sacralisés par la loi, dans une contrée où la justice est indépendante et son périmètre sanctuarisé par le Texte fondamental, la question de la détention politique ne se pose pas. Là où il y a un véritable état de droit, cette question n’est même pas envisageable. Le Maroc forme aujourd’hui l’ambition de construire un vrai état de droit sur la base d’une Constitution moderne qui neutralise toute confusion des pouvoirs. Il sait donc ce qui lui reste à faire.

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