septembre 25, 2018

 

Éditorial

«Le discours de Mohamed Fizazi vise à diviser le mouvement du 20 février. Cela laisse à présager qu’il y a un pacte entre l’état et le courant de la Salafiya.» En logique formelle, ce syllogisme ne vaut pas une bille. Et en logique politique non plus. C’est gros et ça ne passe pas. Najib Chaouki, un des leaders en vue du mouvement du 20 février, a apparemment un problème d’analyse avec les  sorties médiatiques «takfiristes» du cheikh salafiste récemment gracié. Il découvre qu’il est extrêmement difficile de faire des intégristes un allié objectif. Surtout pour faire la révolution. Entre le mouvement du 20 février et les frères salafistes, à part la haine de l’Etat, du pouvoir donc, ils n’ont pas de quoi faire un mètre de chemin ensemble. Aucun viatique idéologique. Le clash était prévu et il se déroule en temps réel. Nos jeunes doivent théoriser d’une manière plus consistante leur mouvement s’ils ne veulent pas se réveiller un jour totalement démonétisés par les intégristes de tout poil, les opportunistes de tout crin et les gauchistes de tout acabit. La nouvelle affaire Fizazi n’est pas mince. C’est un gros client. Il n’admettra jamais qu’un jeune, ou pas, ne fasse pas le Ramadan qu’il appartienne ou pas au mouvement des libertés individuelles MALI. Et il ne croit ni en la laïcité ni en l’athéisme comme choix de vie possible ou conscient fait par un citoyen. Tu nais musulman, tu mourras musulman. Point barre. Le reste c’est de la mauvaise littérature pour lui. Si Najib Chaouki et ses jeunes amis ne prennent pas le sujet à bras le corps en le débattant publiquement, en assumant les responsabilités de leurs alliances et en faisant un choix clair, la promesse qu’ils incarnent aujourd’hui va faire long feu. Personne aujourd’hui au Maroc n’a intérêt à ce que le mouvement du 20 février se discrédite. A cela au moins deux raisons. 1) L’Etat lui-même voit dans ce mouvement un partenaire de la réforme. Le 20 février a donné le 9 mars. Le Roi est allé au-devant des attentes légitimes de la jeunesse marocaine. Même en termes de rapport de force cela confère des responsabilités aux jeunes. Une des rares exigences de l’Histoire c’est qu’elle demande que ses propres acteurs soient à sa hauteur. 2) Quelle que soit sa nature organisationnelle, la qualité de son leadership, la culture politique — ou la culture tout court — de ses membres, le mouvement du 20 février porte, peut-être même malgré lui, l’idéal de toute la jeunesse du pays pour la dignité, l’égalité, la justice, etc. Cela également confère une responsabilité et appelle en retour beaucoup de crédibilité.

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