Éditorial

Rarement un éditorial du quotidien espagnol El Pais n’a eu, à l’égard du Maroc, un ton aussi condescendant et un contenu aussi méprisant. Rarement, aussi, l’attaque contre le Souverain n’a été aussi directe et aussi vulgaire. L’éditorial de l’édition du vendredi 22 avril a tout simplement franchi toutes les bornes. Ce journal ibérique appelle solennellement à la suppression de l’article 19 de la Constitution marocaine. Cet article est, selon lui, le fondement même de la «dictature» marocaine. Ensuite en reconnaissant du bout des lèvres — après avoir nié cela pendant plus d’une décennie — que peut-être le Maroc est un des rares pays de la région qui est un peu avancé sur le chemin de transition vers la démocratie, il somme notre pays, une mise en demeure, de se mettre sous le parapluie de l’Espagne, qui est spécialiste en la matière, pour l’accompagner dans cette transition. Du mépris, de l’ingérence, de la mauvaise foi et surtout la bêtise habituelle, indécrottable, provenant de ce genre de milieu. Trois remarques très confraternelles. 1) De quoi se mêlent-ils ? C’est l’affaire des Marocains et, à ce jour, ils se débrouillent très bien sans les salonnards de Madrid à la recherche de causes perdues. Article 19 ou 24 cela regarde exclusivement les Marocains. 2) Pourquoi un titre dit de gauche supposé être indépendant se fait le promoteur d’une offre institutionnelle pour le moins incongrue — elle se veut impérieuse, ferme et unilatérale, — qui n’est ni demandée ni souhaitée par le pays destinataire. C’est tout simplement louche d’autant plus que cette approche recoupe parfaitement les analyses du CNI. 3) Ce titre qui fait campagne charitablement pour la suppression de l’article 19 au Maroc en direction d’une opinion publique espagnole qui s’en fout carrément — elle est raciste et anti marocaine à 90% — devrait plutôt s’occuper de sujets intéressant une nation espagnole en profonde crise morale. Expliquer pourquoi la démocratie espagnole est la seule en Europe à se complaire ridiculement dans une réalité coloniale sans avoir une once de honte. Expliquer pourquoi les pages noires du franquisme n’ont pas été lues. Alors que l’on découvre toujours des charniers, on continue à enterrer la vérité. Et, enfin, expliquer à ses lecteurs que l’Espagne enfoncée dans une crise multiforme sans précèdent n’est pas la France. Et que le Maroc n’est pas la Côte d’Ivoire. Et que la force Licorne ibérique n’est pas stationnée à Larache. Chacun doit pouvoir jouer dans sa catégorie. Et il ne faut pas faire croire aux Espagnols terrassés par la crise, dévorés par le racisme et la nostalgie coloniale, paupérisés par une croissance factice subventionnée par Bruxelles que leur pays est une grande puissance capable aujourd’hui de peser par des rodomontades éditoriales sur le destin démocratique de ses voisins. Nous construirons notre démocratie, c’est aujourd’hui clairement l’affaire des Marocains. Dans l’amitié avec l’Espagne, sans aucun doute. Mais pas avec une gauche médiatique défroquée qui n’assume aucune des valeurs qui fondent historiquement et universellement les médias de gauche, à savoir l’anticolonialisme et l’antiracisme.

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