Éditorial

Si la gestion — sécuritaire, politique et économique — de l’attentat terroriste de Marrakech du 28 avril 2011 continue sur la base de la démarche suivie jusqu’à présent, on pourra au final dire que le Maroc a appris à ne plus tomber dans le piège tendu par le terrorisme. C’est un acquis considérable. C’est une forme de modernité et de maturation démocratiques remarquables. Quels sont, donc, les écueils qui ont été évités ? Une sur-réaction sécuritaire qui sur le principe des cercles concentriques élargirait le diamètre des détentions préventives, notamment dans les milieux salafistes, selon le célèbre postulat, calamiteux, de La Fontaine : «Si ce n’est toi c’est donc ton frère». Cette sur-réaction a pour effet immédiat de remettre durablement en question notre fragile édifice institutionnel des droits de l’Homme et une démonétisation instantanée de notre parole en la matière. Sur le plan politique, l’écueil majeur à éviter est celui de la stigmatisation de l’islamisme marocain, notamment son versant parlementaire intégré au jeu politique et la montée en puissance de la théorie de la responsabilité morale globale et indivisible des islamistes dans tout attentat terroriste à référence intégriste — théorie que j’ai moi-même, sur ces mêmes colonnes, abondamment développée en 2003 dès le lendemain des attentats. Aujourd’hui la maturation politique — et médiatique?— collective, l’enracinement récent de quelques principes de base de la démocratie et un meilleur attachement à un vivre-ensemble marocain alors que notre région s’effondre moralement et socialement ont fait que la question de la violence terroriste est mieux cernée théoriquement et stratégiquement. Nous savons désormais annuler les bénéfices politiques attendus de l’agression terroriste en évitant des réactions archétypales. Maîtrise des effets régressifs dans le domaine des libertés publiques d’une sur-réaction sécuritaire. Protection de l’état de droit. Professionnalisation des services de sécurité. Ouverture sur l’expertise, la coopération et l’observation internationales. Et, enfin, maintien des objectifs majeurs du processus de démocratisation du pays, cible finale et, indiscutablement, un objectif stratégique majeur de l’action terroriste. Quant au plan économique qui est plus sensible à un effet d’image, dont on peut difficilement maîtriser tous les ressorts, notamment dans le domaine des IDE et du Tourisme, nous sommes probablement en train de produire une expertise nouvelle. La vérité sur la situation, la transparence dans la gestion de la crise, le refus de la surenchère, et le travail patient de conviction et d’explication fondé sur les valeurs réelles de cette Nation peuvent constituer une démarche crédible qui peut à terme atténuer les conséquences économiques de la violence terroriste.

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