Éditorial

La professionnalisation du discours du PJD suit son cours. Une évolution notable de ce discours est à constater dans l’appréciation des faits politiques, dans leur reformulation politique selon le référentiel qui fonde l’action de ce parti — le référentiel islamique pour ceux qui l’ignorent — et dans le positionnement pacifique et compétitif vis-à-vis des partis concurrents à l’exclusion bien entendu du PAM. Mais sur le fond, cette gestion politique dénote d’une intégration quasi-réussie de cette formation dans le champ institutionnel. C’est un acquis pour les cadres de ce parti et une avancée considérable pour la démocratie marocaine. Il reste cependant deux points dans leur démarche qui ne sont pas clairs ou sur lesquels les réponses apportées ne sont pas insuffisantes. 1) Ce qu’ils appellent, eux, le combat pour les valeurs notamment dans leur stigmatisation absolue des festivals — la guerre aujourd’hui contre Mawazine est tout simplement démagogique et outrancière — est souvent une guerre perdue car elle n’oppose pas des idées dans un débat démocratique, mais elle oppose une fraction de la société contre une autre. Sur ce terrain le PJD est très mauvais. Il doit résoudre une équation fondamentale. Plus il se positionne sur des questions de société, ce qui est facile compte tenu de son référentiel, moins son discours politique est crédible. Autant sur la moralisation de la vie publique, les réformes, la démocratie, la modernisation de l’état, la transparence, etc. ce parti est audible, autant sur — ce qu’il considère à tort être son fonds de commerce — la moralisation de la société, le retour aux valeurs islamiques, la piété, le rigorisme religieux, la sauvegarde des valeurs menacées, la stigmatisation des minorités, etc. il apparaît comme un parti qui n’est pas prêt à assumer une alternance au pouvoir car il semble être incapable sur cette «ligne politique» fermée de conduire, de rassembler ou d’intégrer d’une manière crédible une majorité gouvernementale.   Sur le salafisme dans sa globalité, violent ou non violent, prêcheur ou terroriste, coupable ou victime d’une erreur judiciaire, le discours du PJD n’est pas clair du tout. Le traitement du sujet  souffre d’une ambiguïté congénitale ou ontologique. Quand le PJD réduit actuellement la question du salafisme  à une stricte question des droits de l’homme, il n’est pas convaincant. Il apparaît clairement qu’il reste du chemin à faire sur le plan doctrinal, théorique ou idéologique. Le soupçon de la survivance de quelques passerelles «intellectuelles» entre les deux mondes doit être levé par un effort politique considérable. Cet effort ne peut pas être fourni uniquement sur la base de figures rhétoriques. C’est  — pour utiliser une image galvaudée — le juste prix à payer pour une évolution à la turque.

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