Éditorial

Selon tous les observateurs sérieux, la dernière sortie du Mouvement du 20 février 2011, à Marrakech, était calamiteuse. Le pire pour ce genre de mouvement arriva. Problèmes organisationnels manifestes, mots d’ordre non maîtrisés, surenchères dans les slogans, confusion politique, ratatouille idéologique, etc. Même les éléments «festifs» qui colorent en général ce type de manifestation — une sorte de convivialité militante à la fois grave et légère — étaient absents. Qu’est-ce à dire ? Les choses sont simples. Ce que l’on redoutait le plus est advenu. Le Mouvement du 20 février est aujourd’hui écrasé par les mâchoires en acier des intégristes de Jamaâ Al Adl Wal Ihssane (JAWI) et celles des activistes de gauche radicale, de l’altermondialisme triomphant, d’Annahaj Addimocrati (AD). Ce qui reste de nos jeunes — crédités à l’origine d’une certaine fraîcheur et d’une certaine naïveté !— après que leur enthousiasme pour la révolution soit tombé sur la dure réalité de la vie politique professionnelle peut générer une authentique frustration. Tout ce qui faisait leur «charme» s’est évaporé sous les coups de boutoir répétés, méthodiques et ordonnés de JAWI et de AD. L’autonomie ? Un doux rêve. Le refus de la manipulation ? Un slogan qui ne renvoie à aucune réalité. Le tropisme monarchique ? La radicalité des slogans de Marrakech l’annule et brise l’unité des Marocains derrière les jeunes. Le modèle marocain de gestion civilisé de la transition ? La surenchère le met en péril. L’on voit bien que nous sommes face à un drame politique. Des marionnettes, au demeurant sympathiques, sur une scène bien éclairée mais les fils, hélas, sont tirés ailleurs. Un ailleurs qui n’est ni démocratique, ni légitime, ni porteur des valeurs du plus grand nombre de personnes attachées à cette Nation. Le vouloir vivre-ensemble, le plus grand atout de ce pays, son avantage moral, là où notre pays fait la différence sur le plan régional, est en train d’être attaqué violemment sans que les forces patriotiques ne réalisent qu’elles n’ont pas affaire au Mouvement du 20 février et ses jeunes libertaires mais à une alliance redoutable «vert-brune», désormais durablement installée dans la rue, constituée de JAWI et de AD. On ne peut perdre un combat politique que s’il est mené, à la loyale si possible. Or dans cette situation particulière, les humanistes, les libéraux, les hommes de progrès, les laïcs, les socialistes, les démocrates, les hommes de bonne foi, les légitimistes, les honnêtes gens, les bons musulmans, etc. sont en train de perdre le combat des valeurs sans mener justement ce combat vital. C’est un hold-up qui s’opère sur une nation dans un ravissement général, heureux que nous sommes tous de voir la face hilare de ces sympathiques jeunes hommes mais qui se font malheureusement doubler sur leur droite et sur leur gauche.

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