Éditorial

La proposition faite au Maroc de rejoindre le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) plonge un observateur moyen de la chose stratégique dans une sorte de perplexité, certes fraternelle et amicale, mais surtout doucement inquiétante. Tout nous rapproche de ces pays amis et frères : la langue, la culture, la religion, l’histoire, etc. Mais tout nous sépare d’eux également. Notre manière de vivre, notre langue, notre culture, notre religion, notre histoire fait que nous avons une singularité notable qui se nourrit — et c’est là où notre différence éclate — de notre altérité, de notre diversité, de notre pluralité, de notre ouverture multiséculaire sur les autres. La civilisation marocaine invoque une certaine universalité car elle englobe toutes les cultures du monde. Elle les féconde, c’est sa part d’humanité, comme elle est fécondée par elles. Est-ce que le Maroc se pense comme un pays du Golfe ? Le Marocain se sent-il appartenir à cette communauté de destins liés ? Les Etats peuvent essayer de se réunir pour des raisons politiques, économiques, stratégiques, géopolitiques, etc. Les défis du monde les invitent justement à la créativité, à la versatilité, à l’adaptation. Mais les unions les plus efficaces celles qui ne répondent pas à des besoins pressants de régimes à la recherche hâtive d’une nouvelle production de sens — à un moment où les sens s’évaporent plus vite que l’éther — sont les unions dans lesquelles les peuples jouent le rôle le plus déterminant, et où la démocratie, l’égalité et la modernité sont les puissants leviers de l’avenir.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *