Éditorial

Les éditos du quotidien «Attajdid», sur le salafisme, se suivent et se ressemblent. Cette constance, en elle-même, peut forcer le respect et peut être une source de cohérence d’un discours, ou d’une position politique, si les éléments de la réflexion objective ou de la rationalité de la démarche étaient réunis. Or ce n’est pas le cas. La charge émotionnelle et idéologique est telle que l’on n’arrive plus à distinguer ce qui relèverait de la tactique politique légitime, en période de transition, que peut assumer un parti politique comme le PJD, et ce qui relèverait d’une attitude dogmatique lourde et compréhensive envers le salafisme que véhiculerait une association comme le MUR. La vérité est probablement dans cet entre-deux. Et la faiblesse du positionnement aussi. Déroulons les arguments de notre confrère ! S’il y a un salafiste innocent en prison, c’est que tous les salafistes sont innocents. Si un salafiste a été gracié par SM le Roi, c’est que tous les salafistes sont graciables immédiatement, «en gros et non pas au détail» pour reprendre l’expression de notre ami éditorialiste. Il ajoute : pour réussir la transition il faut bâtir la confiance — avec qui ? —; après l’initiative constitutionnelle, il faut une initiative «salafiste» pour écrire une nouvelle page en matière des droits humains — avec qui ? —; l’avenir de la transition au Maroc se joue avec le traitement «résolutoire» du dossier du salafisme; en tournant la page de 2003 — qui a vu notamment le PJD trembler sur ses fondements— on ouvrira la page d’un avenir politique radieux, de lendemains démocratiques bruissant de chants d’oiseaux et frémissant à l’odeur d’essences licites de fleurs sensuelles du Paradis. Le problème de ce discours — et là j’arrive au fond de ma pensée — c’est que parfois nous ne savons plus qui parle. Il s’agit bien, manifestement, d’une entité pensante mais nous ne connaissons pas son identité. Le salafisme ? Les intégristes ? Le MUR ? Le PJD?  Les chioukhs de la Salafiya ? Le flou est total et savamment entretenu. C’est bien une sensibilité qui s’exprime, à l’évidence islamiste, et qui cherche à tirer un gain politique — plus qu’un gain peut-être un ascendant sur toute la société — en entretenant une confusion sur les valeurs véhiculées et en masquant la nature de son rapport vis-à-vis de la transition et de la démocratie. On nous laisse comprendre selon des énoncés persuasifs explicites que le sort des salafistes surdéterminera toute l’évolution du pays. On nous suggère que l’avenir de la démocratie ne se jouera pas que dans les urnes. Et que la violence extra-étatique — une réponse du faible au fort dans l’imagerie intégriste, une sorte de Jihad pour être clair  —  peut être aussi légitime que la violence de l’Etat. Le point de rupture est là. Il faut peut-être faire une pause. Tout arrêter, pacifiquement si possible, et revoir tous les concepts, toutes les définitions, etc. sinon on arrivera à rien. Si l’islamisme parlementaire marocain, le plus évolué sur le chemin de la démocratie et le plus avancé sur le chemin de la compréhension des enjeux politiques réels de la transition, bascule dans la surenchère salafiste par opportunisme, il faut effectivement s’inquiéter du sort de cette pauvre transition. Voilà un partenaire qui souhaite changer les règles du jeu au cours de la partie au motif qu’il peut désormais la gagner tout seul. C’est plus qu’une erreur d’appréciation, c’est une faute morale à l’égard de la Nation. Trois choses s’imposent.
1) Soutenir l’Etat de droit marocain en affirmant le droit de la société  de voir des condamnés pour des crimes de sang rester en détention. Il faut qu’ils purgent leur peine dans des conditions respectueuses des droits humains et il faut arrêter d’entretenir chez les salafistes condamnés  un faux espoir de libération globale, immédiate, sans conditions et de plein droit.
2) Arrêter de conditionner constamment le soutien à la transition à l’aménagement d’un statut particulier pour l’intégrisme qui serait devenu par la grâce du printemps arabe la panacée universelle en termes de progrès et de démocratie. 3) S’engager solennellement à respecter les valeurs de tolérance, de coexistence, de diversité et d’ouverture de ce pays en cessant de le menacer, pour des raisons politiciennes, par un idéal islamisant retors, unique et exclusif.

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