Éditorial

En attendant d’entrer dans les détails de la vraie nouvelle Constitution — il y a pas mal de versions apocryphes qui circulent —, et pour rester dans le droit fil de l’éditorial de ce week-end, continuons à relever les défis apparents que va imposer au pays la nouvelle conjonction politique.  Exemple simple. L’institution renforcée de Président du gouvernement, l’ex-Premier ministre bordé par l’ancien article 24,  imposera  dans l’avenir immédiat un cahier des charges inédit à cette responsabilité centrale. Avons-nous, aujourd’hui, dans les partis politiques, toutes tendances confondues, au moins cinq présidents potentiels susceptibles de cumuler heureusement les critères nécessaires à l’exercice moderne de cette fonction: leadership personnel reconnu, légitimité politique, légitimité militante, compétence technocratique, charisme, âge moyen, etc. ? La question vaut son pesant d’or. Elle est difficile car le leadership partisan actuel, produit d’une vie partisane généralement elle-même peu démocratique, n’est pas apte à relever le défi de l’heure. Il n’y a qu’à faire le tour de la table du président du Mécanisme politique de concertation constitutionnelle — regarder avec attention les figures actuelles de la vie politique — pour vous en rendre compte. Sur la trentaine qui se réunissent avec le Conseiller royal Mohamed Moâtassim moins de cinq peuvent faire l’affaire. Et ceux qui peuvent éventuellement faire l’affaire, il n’est pas sûr qu’ils puissent arriver en tête du peloton démocratique, gagner des élections ou construire des majorités. Maintenant si la nouvelle pratique constitutionnelle laisse la possibilité, au moins lors d’une période transitoire, de trouver un Président du gouvernement qui ne soit pas automatiquement le secrétaire général du parti — François Mitterrand en accord avec Jacques Chirac a bien choisi Edouard Balladur comme Premier ministre lors de la cohabitation de 1993 — cela constituera une vraie bouffée d’oxygène qui permettra aux partis politiques qui en ont besoin de se mettre à niveau. Vous me direz que, nous, nous ne sommes pas en période de cohabitation. C’est à la fois vrai et faux. Vrai dans le sens où il n’ y a pas un antagonisme  politique produit par des résultats d’élections contradictoires. Un président de gauche face à une majorité parlementaire de droite dans laquelle il doit choisir un Premier ministre qui lui est hostile par principe. Et faux dans le sens où bientôt dans notre pays il y aura une cohabitation, transitoire mais qui portera au moins sur une mandature complète, entre un système politique nouveau ressenti comme moderne et démocratique et une classe politique et sa vie partisane qui sont le produit d’un système archaïque, frappé d’obsolescence et dont l’environnement «administratif» et constitutionnel s’est effondré ou a disparu.

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