Heureux qui comme Ulysse…

Les voyages de SM le Roi à l’étranger sont de véritables leviers pour l’image de notre pays, une impulsion décisive pour son économie et un engagement majeur auprès de nos amis pour le raffermissement de notre démocratie.
Cela est encore plus vrai pour des voyages de début de règne, et ceux de S.M Mohammed VI sont, non seulement fondateurs, mais porteurs d’une ambition nationale rarement aussi clairement exprimée.
Par conséquent, la valeur historique de ces voyages royaux est indéniable, sauf que les journalistes marocains, les historiens de l’éphémère, ceux qui sont en prise directe avec l’opinion publique et qui peuvent interroger l’actualité sous les angles les plus inventifs et les moins institutionnels sont exclus de ces voyages.
À qui la faute ? A la profession elle-même qui paie là, probablement, le prix des rares dérapages qui jalonnent sa mise à niveau et sa professionnalisation ou au Cabinet royal qui, malgré les efforts de modernisation de son activité, n’arrive pas encore à considérer qu’une relation saine et professionnelle avec la presse constitue un des buts même de cette modernisation.
D’un autre côté, et c’est probablement le bon, le discours sur la démocratisation et la modernisation de la société marocaine, porté et incarné par le Souverain lui-même, ne peut exclure, en toute cohérence, les sphères essentielles qui constituent le pouvoir y compris celui qui est supposé être le quatrième, au Maroc.
Deux exemples. On ne peut pas imaginer un voyage de Jacques Chirac, le président de la République française ou Hosni Moubarak, le président égyptien sans les avions spéciaux dédiés aux dizaines de journalistes qui couvrent leurs activités et leurs déplacements. Et chaque étape est ponctuée par une conférence de presse consacrée aux journalistes «nationaux» pour que leurs opinions publiques respectives ne perdent aucun élément des actions du chef de l’Etat.
Les efforts fournis par la télévision marocaine et l’agence de presse MAP, seules actuellement «autorisées» à couvrir les voyages royaux, sont méritoires, mais restent insuffisants. Il manquera toujours le travail de fond que peut faire la presse écrite. Aujourd’hui, en guise de couverture, notre presse, peut-être par dépit professionnel, se contente d’empiler des dépêches et de reproduire des photos quand ces dernières arrivent à temps. En définitive, tout le monde se contente d’un service minimum.
L’engagement du Souverain en Afrique, en Inde, en Chine, en Russie, aux USA ou, aujourd’hui, en Amérique latine mérite plus que cela. Et c’est dommage pour notre profession et pour notre pays. Et c’est regrettable pour notre Histoire qui ne consignera de ces voyages que des relations compassées car elles sont tout simplement sans souffle et sans passion que seul l’écrit peut restituer.

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