Il manque quelqu’un…

Le Prix Mohammed VI des droits de l’Homme pour l’année 2003 est bien parti. Trois associations sont présélectionnées. L’Association Tichka à Ouarzazate, l’Association Adrar à Rabat et l’Association de développement de Oued Draâ à Zagora. Le boulot a l’air d’avoir été bien fait. Le jury va aller sur le terrain rencontrer ces nominés et vérifier la qualité de leur démarche. La méthodologie semble sérieuse. Mais, car il y a toujours un «mais» qui se glisse perfidement même dans les démarches les plus éthiques, un comuniqué du CCDH nous apprend que «les délibérations du jury n’ont débouché sur la sélection d’aucune personne physique.» Là, il y a manifestement un problème. Il est difficile d’admettre que dans un pays comme le nôtre, engagé volontaire dans le développement de la culture des droits de l’Homme avec des organismes pluralistes et des Ong diverses, on n’ait pas pu distinguer un citoyen marocain dont l’action est exemplaire et le dévouement véritablement sincère dans ce domaine vital et insécable de la consolidation de la démocratie et de l’État de droit. On refuse de le croire. Soit le jury a botté en touche pour ne pas avoir à gérer des questions politiques sensibles ; dans ce cas quelles sont ces questions, aujourd’hui si sensibles ? Soit il a agi par défaut dans une espèce de paresse calculée, économisant ainsi du temps et évitant un dissensus, pourtant salutaire dans ce genre d’oeuvre. Omar Azziman, Fattoum Koudama, Najat M’jid, Hammou Ouhalli, Mostapha Daniel, El Mahjoub L’hiba, Ahmed Ghazali, Ali Amhane et Ahmed Aderiouch, les délibérants, sont, grosso modo, tous connus pour leur sens de l’engagement et leur capacité à bien vivre les débats même les plus serrés. Ils nous offrent pourtant, sur ce point précis, un consensus dont nous aurions pu nous passer. La première édition d’un Prix est celle qui installe durablement sa valeur et sa crédibilité. Dans ce domaine il est entendu que l’on revient, malgré tout, de loin. Pendant des années, les droits de l’Homme chez nous ont été malmenés, il est incompréhensible, justement, que ces années n’aient pas produit un militant, et un seul, susceptible d’être consacré. Encore une fois, c’est incroyable.

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