Il ne faut pas rêver

Il ne faut pas rêver

La fièvre électorale a subitement enflammé le corps chétif du pays. Hier, nous avons relevé 40°. Le thermomètre dont le mercure ne trompe jamais s’en souvient encore.
Les analystes, qui font des papiers de fond de poubelle, ont repris du service. Les journalistes politiques, qui vérifient toujours leur source unique, ont commencé à livrer leurs expertises commandées. Dans ce fatras d’approximations, dans ce flot de désinformation et de manipulations stériles, il y en a pour tous les dégoûts. Les lecteurs que ces miasmes microcosmiques écoeurent, comme d’habitude, se tournent vers des débats plus sérieux et des préoccupations plus utiles. C’est ce que nous faisons nous aussi.
Et comme nous ne sommes pas directement concernés par ces enjeux obscurs et ces convulsions paroxystiques, soyons, justement, utiles et sérieux, et mobilisons dans ce dessein une prise de position qui nous semble honnête et sincère. Nous la puiserons, naturellement, chez Mohammed El Gahs, Directeur de la rédaction de Libération dans l’édition du 3 janvier 2002. A la lettre il dit : « Entendons-nous bien, il ne s’agit ici de contester à personne le droit de s’autoproclamer “parti” ou même “nouvelle internationale”. Démocrates, nous estimons que la sanction, en la matière, revient au suffrage universel et à lui seul. Seulement, pour la même raison, nous ne pouvons accepter que la vulgate tristement apolitique inflige ainsi un tel mépris et une telle dénaturation à la politique». Il est évident que sur ce point nous ne pouvons qu’être en accord.
Mais, quand il ajoute dans la même veine : « Ainsi, si d’authentiques libéraux viennent nous dire qu’ils veulent incarner un courant libéral, avec des idées, des références et une cohérence libérale, ou des gens de gauche, connus comme tels, estimaient qu’il y a un courant à gauche qu’il convenait de représenter, ou encore des conservateurs de droite désireux d’incarner autrement l’idée conservatrice, se présentaient ainsi, non seulement, on n’y verrait aucun inconvénient pour la démocratie, mais on estimerait que c’est une évolution positive pour cette même démocratie », alors là, nous sommes, encore une fois, en parfait accord. Quand quelque chose est énoncé d’une manière on ne peut plus claire, il est regrettable que d’aucuns continuent à faire des phrases creuses.
Sur le fond, quand on constate qu’une voix exprime une conviction, un engagement ou une vision cohérente, le débat peut s’engager sur des idées et des valeurs. Nous sommes à l’opposé de ceux qui se servent de la démagogie pour déligitimer l’autre, le nier dans son existence, l’exclure du champ de la citoyenneté ou l’écarter de la marche de l’Histoire.
Bien plus que le mode de scrutin qui sera retenu, le découpage électoral qui sera effectué, la vigilance dont l’administration fera preuve ou l’éthique dont se prévaudront les candidats ou les électeurs, ce qui nous importe avant tout c’est que la méthode, la démarche ou la manière avec laquelle tout cela se déroulera soit empreinte d’un minimum de déontologie.
Un bilan s’analyse avec des idées et des faits, et non pas avec des anathèmes. Un gouvernement se juge sur ce qu’il a réellement fait et, pour ce faire, il faut être précis, les slogans n’apportent rien. Un parti challenger doit avancer un programme crédible, une alliance qui ajoute du sens et de la cohérence à la vie politique, un personnel moralement irréprochable, et surtout un « plus » notable dans l’offre partisane du pays. Sinon, bien évidemment on ajoute de la confusion à la confusion et l’on rate un rendez-vous électoral qui doit être théoriquement celui de la clarification et du choix.
Sur ces points basiques, il ne peut y avoir que des accords larges. Sur le reste c’est la compétition loyale qui doit primer. Maintenant, il ne faut pas rêver. Cela ne se passera pas comme cela. Du moins, on en doute sérieusement. Les fossoyeurs, drapés d’une fausse modernité et d’une postiche éthique qui ne trompe plus personne, sont déjà à l’oeuvre.

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