La bonne du curé

Nadia Yassine est une assemblée constituante à elle toute seule. Elle est aussi totale que sa vision totalitaire du monde. Elle est la majorité, elle est la minorité, elle est le quorum. Elle est le ciel et la terre. L’eau et le feu. Le corps et l’âme. Le bien et le mal. Elle est la science divulguée et l’illumination révélée. Elle est Dieu, mère de Dieu et fille de Dieu. Elle est le début et la fin. Et le début de la fin. Elle est républicaine. Il est normal que dans une famille où le père a des visions que la fille ait des gaz.
Nadia réfute catégoriquement d’un coup de hijab mal ajusté la monarchie marocaine et prône en un prêche enflammé la république. Elle veut changer de régime comme on change de tchador un jour de chaleur quand on a du mal à tenir ses ablutions sous, justement, l’effet conjugué des chaleurs, des excrétions multiples et, surtout, diverses, et bien sûr, et la pression irrésistible des gaz intempestifs.
La république de Nadia aura, probablement, des valeurs. Pas les nôtres, mais les siennes. Celles que l’on devine. Un retour méthodique et programmé au Moyen âge. L’âge de l’ignorance, des ténèbres et de la cécité. L’avenir en marche-arrière, un œil torve sur le rétroviseur et le pied-bot sur la pédale du progrès à reculons. Mais ce qui est sûr, c’est que dans la république de Nadia il y aura des pratiques républicaines. On va passer de l’eschatologie à la scatologie.
Le matin, pour tous, une goutte d’urine du cheikh dans un café serré pour sanctifier la journée. L’après-midi, un peu d’encens dans les domiciles à base d’ongles pieusement ramassés par les compagnons de rêveries du cheikh. Le soir, le grand soir, lecture collective dans toutes les maisons de la «Sira» du cheikh parfait selon le récit vrai et authentique de Nadia, l’exégète suprême de la prophétie républicaine vue sous l’angle obscur de la philosophie ésotérique des lumières noires.
Que Dieu, le vrai, ait pitié de nous. Il ne nous manquait plus que les délires de Nadia. Après les nihilistes professionnels, les séparatistes mercenaires, les notables maîtres-chanteurs, la presse briseuse sur commande de faux tabous  et les bourgeois de Casablanca, voilà que l’on est livré à la bonne du curé, théoricienne approximative d’une république de mollahs enivrés.
On savait, ces derniers temps, que la jeune démocratie marocaine -bonne fille- marchait sur la tête mais pas à ce  point. On a tout eu. Les stars des pétards, les théories fumeuses de joints. L’audace des poltrons. Les escrocs, accessoirement intellectuels. Les ONG malhonnêtes. Les imposteurs insolents. Le patriotisme conditionnel. Et maintenant, une républicaine intégriste. Aucun pays «sérieux» n’aurait tenu face à ce déferlement massif d’irresponsabilités suicidaires et puériles. Et si, nous, nous tenons face à tout cela, c’est, justement, parce que nous sommes, en monarchie… Heureusement, d’ailleurs.

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