novembre 16, 2018

 

La conjuration

La conjuration

Les coups de boutoir que reçoit la transition démocratique sont durs. Ils s’enchaînent à un rythme métronomique, avec plus ou moins de réussite éphémère, sans véritablement changer le cours du processus que notre pays est en train de vivre. Le calme, la sérénité et la résolution dont fait preuve le chef de l’État, S.M. le Roi Mohammed VI, même quand il est touché personnellement, quand sa famille est sournoisement attaquée ou ses proches collaborateurs sont vilipendés, forcent l’estime.
Ce qui est en jeu, dans une sorte de fuite en avant, nihiliste et dangereuse, ce sont les acquis qu’a pu engranger le Royaume, en plus de trois ans de règne de S.M. Le Roi Mohammed VI. C’est cela qu’il faut détruire, annihiler ou salir. L’exception marocaine, que tout le monde a saluée depuis le 27 septembre 2002, celle d’un pays arabo-musulman engagé résolument dans le difficile chemin de la démocratisation, de la liberté d’expression et de l’État de droit, dérange. Dans une sorte de conjuration obscure, au-delà de la confortable théorie du complot, des réseaux se constituent, des liens se tissent, des complicités honteuses se forment, des alliances multiformes se nouent avec, certes, des motivations et des desseins différents, en fonction des intérêts souvent étroits des uns et des autres, mais toujours avec un seul et unique objectif : harceler la monarchie marocaine, brouiller l’image du Souverain, faire douter des choix démocratiques du pays, casser le processus d’ouverture et, finalement, provoquer une régression généralisée qui donnerait, a contrario, raison aux thèses iconoclastes de tous les cassandres réunis.
Ce jeu est dangereux. Car tout État qui est attaqué en son coeur est en mesure de se défendre avec force, dans une logique de survie, quels que soient les valeurs et les principes qu’il défend. Sous tous les cieux, cela s’appelle la raison d’État. Elle est invoquée souvent quand la démocratie est utilisée pour tuer la démocratie. Elle est aussi appelée quand des institutions sont menacées. Elle est mobilisée finalement dans un pays quand une minorité activiste, illégitime, mercenaire, commanditée de l’étranger terrorise une majorité. Mais nous ne souhaitons pas cette dérive pour notre pays.
Quand, Abdelilah Ichou, un déserteur de l’armée marocaine, au passé chargé, quitte son pays muni d’un passeport espagnol, gracieusement mis à sa disposition par les services espagnols, et se trouve catapulté du jour au lendemain entre Madrid et Paris membre unique d’un pseudo comité d’officiers libres, cela est consternant, d’autant plus que ce montage grossier vaut au chef de l’État une dithyrambique lettre ouverte, aussi gratuite que cinglante.
Quand Moulay Zine Zahidi, un ancien commis d’un État, dont il connaît pourtant les arcanes secrets pour en avoir longtemps bénéficié, est poursuivi, alors qu’il est en fuite en Espagne, dans le cadre d’une instruction devant la Cour spéciale de justice, il se prête à toutes les manipulations et fait publier une interview, presque à titre posthume, dans laquelle il se transforme en délateur et en imprécateur d’un système dont il a été partie prenante significative, cela est d’une vulgarité aussi affligeante que morbide.
Quand les « fins limiers » du Journal Hebdomadaire, qui ont publié cette lumineuse interview de Moulay Zine Zahidi, se font arrêter au poste frontalier de Bab Sebta en possession de documents en relation avec l’instruction en cours qu’ils ont récupérés au domicile casablancais de l’intéressé consentant, cela commence à ressembler à une aventure des pieds nickelés aussi légère qu’inconsistante.
Et quand ce même hebdomadaire, dont les enquêteurs ont été entendus libres par le juge d’instruction qui a versé, avec procès-verbal à l’appui, l’ensemble de pièces saisies, crie à une machination de la DST contre la publication et s’offre à la Une la photo du général Hamidou Laânigri, cela commence à ressembler à un mauvais polar aussi ridicule que grotesque.
Mais quand, par la suite, on apprend, et je récapitule, que tout ce beau monde, à savoir la femme de Moulay Zine Zahidi, les deux « enquêteurs » du Journal hebdomadaire, deux journalistes espagnols, officiers traitants du déserteur : Pedro Canales de la Razon, et Ignacio Cembrero d’El Pais, et le déserteur lui-même, Abdelilah Ichou, avaient tous rendez-vous le jour même à Sebta – il ne manquait à l’appel que Jean Pierre Tuquoi du Monde et Claude Juvenal de l’AFP, mais ils devaient suivre l’affaire de près – on comprend mieux pourquoi la DST marocaine a été violemment mise à l’index. C’est parce que justement elle a fait son travail, celui pour lequel, comme dans tous les pays du monde, elle est formée. Celui justement d’un service national de sécurité chargé de la surveillance du territoire et du contre-espionnage. Cette affaire semble relever complètement de ses compétences.
Au final, tout cela est ahurissant, dangereux et d’une gravité extrême. Il va falloir, dans notre pays, que chacun puisse assumer ses responsabilités. La partie ne fait que commencer et chacun sera amené à choisir ses valeurs et à les défendre. On y arrive.

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