La mort d’un émir

La mort d’un émir

Les forces de sécurité algérienne ont marqué un point important. La liquidation du chef du GIA Antar Zouabri, vendredi à Boufarik est un fait d’armes important dans la lutte que mène l’armée algérienne contre les groupes terroristes. L’ « émir sanguinaire » est mort à 31ans, après avoir été un chef de guerre d’une cruauté redoutable, ne reculant devant aucun massacre.
Femmes, enfants, vieillards, tout était une cible pour lui dans une espèce de jihad barbare. Antar Zouabri, depuis sa prise du commandement du GIA en 1996 a développé les tueries de civils à une très grande échelle. Son élimination peut être, à juste titre, considérée comme la fin d’un cycle, mais certainement pas comme la fin de la guerre civile.
Toutefois, le président algérien Abdelaziz Bouteflika peut rebondir sur ce fait et saisir cette occasion pour reformuler d’une manière plus explicite et plus consensuelle sa politique de concorde nationale. Il est évident que tant que la véritable classe politique algérienne demeure éloignée du pouvoir et tant que la société civile algérienne continue à voir dans l’État algérien un adversaire et non pas un partenaire, la victoire contre le terrorisme restera aléatoire.
Mais en Algérie la question qui est posée aujourd’hui c’est comment, à la faveur d’un événement comme l’élimination de Antar Zouabri, redonner confiance à la population et permettre une large participation des élites de ce pays à la construction d’une nouvelle Algérie. C’est ce processus qui est bloqué et sur lequel bute toujours Abdelaziz Bouteflika. Le président algérien après qu’il ait été contraint d’abandonner ses projets politiques personnels, n’a pas pu créer une vraie dynamique d’intégration de ces élites et susciter une adhésion populaire capable d’installer un nouveau climat politique dans ce pays.
L’essentiel du pouvoir étant entre les mains de l’armée, la fonction présidentielle n’a pas pu s’autonomiser, malgré les velléités des premiers jours de Abdelaziz Bouteflika, pour proposer aux Algériens un projet politique de société visible, clair et mobilisateur.
C’est cette même armée qui est capable parfois de marquer des points décisifs contre le terrorisme qui crée par son accaparement du pouvoir les conditions objectives de son développement et de son extension.
Ce paradoxe est à la base de la crise algérienne. Sans une réduction drastique du périmètre politique de l’armée algérienne, qui passerait par un recentrage de son rôle social et économique et la restitution à travers des élections démocratiques du pouvoir aux civils, il ne pourra pas y avoir d’issue durable à la guerre que se mènent les Algériens entre eux.
La liquidation spectaculaire de Antar Zouabri doit pouvoir exprimer un retour de la confiance, mais à elle seule, sans une remise en question de l’architecture du pouvoir en Algérie, elle n’est certainement pas suffisante.

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