La norme et la marge

La norme et la marge

La journée nationale de l’information du 15 novembre est un moment particulier pour les professionnels de la presse et les journalistes de notre pays pour réfléchir sur l’avenir de cette profession. Cette année, cette journée commémorative coïncide avec l’entrée en fonction du gouvernement du nouveau Premier ministre Driss Jettou et la nomination de Nabil Benabdallah comme ministre de la communication et porte-parole du gouvernement.
Tout cela est incontestablement de bon augure. Mais cela n’empêche pas que les problèmes restent posés. D’une manière de plus en plus pressantes, voire parfois dramatiques.
Dans un pays où la rumeur est le vecteur absolu de l’information, les pouvoirs publics doivent faire un effort considérable pour permettre aux journalistes d’accéder, dans des conditions normales et optimisées, à l’information. C’est le seul moyen de renouer le lien, sur des bases sérieuses et transparentes, entre les citoyens et l’administration. La réussite du gouvernement de Driss Jettou avec les défis qu’il a à relever est objectivement tributaire de l’information qui sera donnée sur ces réformes et de la qualité des débats qui auront lieu. Rien ne pourra se faire, et cela concerne plus l’ensemble des membres du gouvernement que la primature elle même, sans la communication. Si dans chaque ministère il n’est pas mis en place de vraies structures de communication avec le moyens nécessaires, ils sera extrêmement difficile de convaincre sur le bien fondé des actions du gouvernement. Il ne s’agit plus de recruter des attachés de presse de base qui passent leur vie à gratter des articles pour le compte de leur ministre, et ami, chez des confrères non moins amis et qui sont toujours un peu bousculés. Ce schéma est désormais caduc. Ce dont il s’agit, aujourd’hui, c’est de la mise en place de vraies stratégies de communication développées par des professionnels.
Il est très étonnant de remarquer que les entreprises privées communiquent mieux et plus que des établissements publics ou certains ministères alors que l’argent public coule à flot et qu’il est souvent jeté en masse par les fenêtres dans des opérations douteuses. La tendance doit être renversée. Et les corrections apportées. Nabil Benabdallah connaît parfaitement ce sujet et il est à même de pouvoir plaider, avec talent, auprès de collègues ministres ce dossier dont l’importance n’échappe plus à personne.
L’autre sujet que l’on peut aborder à l’occasion de ce 15 novembre, c’est la situation de la presse dans notre pays. La presse marocaine est malade. De ses excès.
De ses travers. Et de son absence de scrupules. Les rares entreprises de presse professionnelles et transparentes sont dans l’impossibilité, aujourd’hui, de faire valoir leur travail face à une marée de titres aussi informels qu’opaques. La délinquance journalistique et la presse de la marginalité tendent à devenir la norme au Maroc.
Ce qui est à la marge ou constitue la marginalité dans le secteur de presse dans tous les pays du monde tend à être assimilé chez nous à la norme, comme si les Marocains ne pouvaient avoir d’autres aspirations que d’être confrontés, en dépit de la loi, à la presse de l’injure, de la diffamation, du chantage, de la folie et de l’incitation à la haine raciale et religieuse.
Les psychopathes attitrés, c’est-à-dire se soignant pour une pathologie mentale réelle, et les anciens repris de justice, escrocs avérés et récidivistes, ne peuvent devenir journalistes voire diriger des titres que dans un beau pays comme le nôtre où désormais toutes les valeurs professionnelles sont inversées, où les outrages les plus grossiers et les plus vulgaires semblent célébrer, pour son malheur et sa régression, une liberté d’expression chèrement acquise. C’est cela que nous sommes en train de vivre aujourd’hui et que nous célébrons, aussi, à notre corps défendant en ce 15 novembre.

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