La pensée sous-développée

La pensée sous-développée

On a tous appris que le sous-développement est plus un état de l’esprit qu’un état de l’économie. Ses stigmates sont décelables aisément à travers des réactions et des faits mécaniques très précis. Nous, qui ne sommes pas encore sortis de cette auberge, nous savons exactement comment cela fonctionne. On peut masquer ces travers sous couvert d’Europe, de mondialisation ou d’uniformisation culturelle mondiale, ils demeurent malgré tout, comme des réflexes qu’une longue et coûteuse rééducation n’a pu tempérer. Notre couverture sur le voyage d’Aznar dans notre pays : « Aznar : L’homme qui hait le Maroc » a suscité des réactions ibériques très typées. Comme un seul homme, tombant les masques avenants d’un professionnalisme encore improbable, les dactylographes habituels du CNI – le service du renseignement espagnol – nourris aux briefs diplomatiques approximatifs et grossiers sont montés au créneau « collectivement » et, tous, avec les mêmes arguments simplistes pour défendre José Maria Aznar et l’idée de l’Espagne qu’il incarne. On n’aurait jamais vu, loin s’en faut, une pareille réaction groupée, ordonnée et mono-sourcée en France, en Allemagne, en Angleterre ou même en Italie. Cette caractéristique structurelle de la presse espagnole est plus proche de notre réalité médiatique locale d’un pays à peine émergent dans ce domaine que des standards européens en la matière. Cette proximité ou ce voisinage sont intrigants à plus d’un titre. Voyons, maintenant, de près, comment fonctionne la pensée sous-développée quand elle est exaltée par une cause qui lui semble évidente. Un. ALM veut compromettre la reprise des relations entre les deux pays. Un complot en quelque sorte. Pourquoi ? Comment ? On n’en sait rien. Deux. Nous ferions partie d’une sphère du pouvoir qui aurait intérêt à ce que la réconciliation n’ait pas lieu. Pourquoi ? Comment ? On n’en sait rien. Un raisonnement binaire dans toute sa splendeur dont seule, parfois, la richesse du verbe peut cacher l’extrême indigence et la désolante pauvreté. Les choses sont pourtant simples. Aznar est un homme du passé. Il est responsable de la dégradation des rapports bilatéraux entre les deux pays par son autoritarisme et son mépris à notre égard. À trois mois de son départ de la scène politique espagnole, la normalisation de nos rapports avec lui ne sert à rien du tout. Nous avons toutes les raisons du monde de ne pas avoir d’estime pour quelqu’un qui n’en a pas pour nous. Et, finalement, nous sommes libres de considérer que ce voyage lui-même est une bravade andalouse de quelqu’un qui décide de l’escalade quand il veut et de la désescalade quand il veut. Et nous autres, dans tous les cas, on n’est là que pour faire la claque. Cette fois-ci, ça n’a pas marché. Et pas avec Aznar. Personne ne peut nier chez nous le traumatisme profond que nous avons subi avec ce monsieur dans l’affaire Perejil, dans son activisme antimarocain au Conseil de sécurité ou dans son jeu dangereux avec Alger. Si le Maroc a tenu bon face à ces manoeuvres d’une extrême gravité qui auraient déstabilisé n’importe quel autre pays au monde, c’est que c’est un pays solide, uni autour de son Roi et fort de ses institutions. C’est tout. Il partira et l’avenir nous appartient. Entre le Maroc et l’Espagne, tout est à construire mais autrement…

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