La petite maison dans la prairie

Mohamed Elyazghi prend enfin les commandes de l’USFP. Finalement, la succession de Abderrahmane Youssoufi, malgré quelques couacs de réglages au tout début, a été habilement menée. En quelque sorte, le calife s’est installé à la place du Calife avec une aisance indéniable favorisée naturellement par une expertise accumulée durant de nombreuses années de noviciat. Le Elyazghi nouveau est assurément un grand cru si l’on se tient aux propos tenus samedi dernier. Autocritique, résolu et rassembleur. En fait, le nouveau patron des socialistes a fait étalage de qualités politiques et personnelles inédites que ses détracteurs d’hier ne pouvaient même pas soupçonner. Que dit, donc, Elyazghi ? La ligne politique est fluide : «Un parti démocratique, progressiste socialiste attaché à la modernité et à la solidarité». La critique du passé est sans appel : «Avec les dirigeants historiques, nous avons vécu une atmosphère d’unanimisme, mais le sectarisme et la subjectivité ont alourdi les épaules du parti.» Les gages d’avenir sont précis : «Il est temps de mettre en oeuvre les règles de la gestion démocratique et de garantir les droits de la minorité au sein du parti.» La volonté de réconciliation avec les militants en marge du parti est explicite : «L’USFP n’a pris aucune décision d’expulsion ou de condamnation à l’encontre de ceux qui l’ont quitté lors du précédent congrès.» Mieux, le parti est clément et miséricordieux avec ses enfants puisqu’il est «ouvert à leur retour comme au dialogue avec eux.» Ce n’est pas encore la Cité idéale de Platon mais c’est tout comme. Ces socialistes marocains, décidément, nous surprendrons toujours. Ils sont excessifs en tout. Dans la guerre comme dans la paix. Soit, c’est la guerre civile la plus sanglante. Soit, c’est le « Peace and love» des plus indécrottables des babas cool des seventies. Rien ne vient perturber cet ordonnancement rêvé. Ni contrarier cet agencement parfait. Ni assombrir cet horizon bleu azur qui fait ressembler l’USFP de Mohamed Elyazghi à une petite maison dans la prairie. Une partition sans fausse note, une vraie mélodie du bonheur. Avec tout cela, je défie quiconque de faire du journalisme politique. Il n’y a pas moyen. Tout est lisse. De là à dire que quand les socialistes marocains se rabibochent, la presse perd de sérieux clients, il n’y a qu’un pas que nous franchissons ravis – à notre corps défendant – en sifflotant, malgré nous, de plaisir.

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