La petite stratégie

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika joue actuellement avec le feu. Par ses provocations répétées, il réinstalle sciemment notre région dans une logique de guerre. Une logique contreproductive et inutile qui s’inscrit en rupture avec toutes les dynamiques d’intégration régionale, de coopération avancée et de lutte contre l’instabilité, notamment de nature terroriste.
Les choix de l’Algérie sont clairs : l’escalade politique et militaire, le surarmement, la création et l’entretien de conflits séparatistes, le refus de la coopération régionale et de la normalisation, basées sur le respect de son voisinage et, finalement, la diabolisation «pathologique» du Maroc.
Quelle analyse fonde cette posture délibérément belliqueuse ? Elle est simple, voire simpliste. La lecture assidue de la littérature algérienne anti-marocaine est, à ce sujet, fort édifiante. Le pouvoir algérien actuel est convaincu que ce que nous appelons, nous, la «transition démocratique» a créé les conditions d’une conjoncture «objective» qui permet à l’Algérie de tirer un avantage stratégique, politique et militaire définitif, total et irréversible contre le Maroc.
Notre pays est, pour eux, une monarchie délégitimée par la montée en puissance de l’intégrisme salafiste, une économie en récession durable, une armée minée de l’intérieur, incapable de défendre le pays, une société usée par la pauvreté, l’analphabétisme et le chômage, une élite intellectuelle et médiatique corrompue, des institutions féodales et une population dont la nature intrinsèque se nourrit de la lâcheté, de la servilité et de l’indignité. C’est cette image de notre pays, celle d’un anti-pays, qui est donnée aux Algériens, toutes générations confondues. Et c’est sur la base de cette image que se construisent toutes les attitudes publiques et officielles du pouvoir algérien.
Aujourd’hui, plus qu’hier, le président algérien Abdelaziz Bouteflika est convaincu qu’il suffit d’un petit coup de boutoir pour que le château marocain s’écroule. Depuis les années 70, il fait la même analyse et il continue dans la même logique avec une constance remarquable. Mais, cette fois-ci, il a la certitude que la victoire absolue est imminente. Alors, il met furieusement tout ce qu’il possède dans la balance dans l’espoir que ça bascule définitivement en faveur d’une Algérie au leadership africain, voire mondial incontesté, à la pureté idéologique immaculée, aux valeurs morales impérieuses et à l’ascendant universel irrésistible.
En fait, l’Algérie du président Abdelaziz Bouteflika n’existe qu’à travers sa haine du Maroc. Son identité ne s’exprime qu’à travers la répulsion du Marocain. Sa politique intérieure ne se détermine que par l’hostilité au voisin. Son armée ne se justifie qu’à cause de l’existence d’un ennemi virtuel à l’Ouest. En somme, comme Bouteflika lui-même, l’Algérie ne doit sa propre existence qu’à l’existence d’une vieille nation comme la nôtre.
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika peut-il construire un pays avec ces valeurs ? Le Maghreb ? La coopération ? L’amitié entre les peuples ? Une démocratie ? Une nation utile ? L’avenir ? L’Histoire, la vraie ? La réponse est non. Il continuera tout seul son petit surarmement avec son petit polisario, son petit Abdelaziz, ses petits mercenaires, ses petites reconnaissances achetées, sa petite guéguerre, sa petite rasd, son petit unilatéralisme indigent et ses petits voyages ridicules. Rien de grand ni pour l’Algérie, ni pour le Maroc, ni pour le Maghreb, ni pour l’Afrique, ni pour la Méditerranée ne sortira de tant de petitesses maladives. Ce qui est petit le restera irrémédiablement.
Nous, nous l’invitions à la grandeur. La vraie. Celle des peuples pétris d’Histoire et des vieilles nations sereines. Nous l’invitons à un désarmement moral générateur de paix, de développement et de coexistence pacifique. Mais, pour Abdelaziz Bouteflika, tout discours de paix est un discours de faiblesse. Tout rapport qui n’est pas fondé sur la force est un rapport qui n’est pas naturel. Et toute démarche civilisée est une démarche vaine.
L’Algérie de Bouteflika n’a pas la latitude de déclencher unilatéralement une guerre contre le Maroc. Son surarmement n’a aucune signification militaire. Et ses provocations se suffisent à elles-mêmes. Il faut les prendre comme telles. Pour faire la guerre, il faut être deux, et l’Algérie, sur ce plan précis, est absolument seule.

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