La peur diffuse

La peur diffuse

Les manifestations de l’islamisme radical dans sa version criminelle ont défrayé la chronique pendant ce mois. Devant une opinion publique saisie par la torpeur estivale et plus que jamais sensible à la rumeur, la réponse des pouvoirs publics et des services de sécurité marocains a été ferme et responsable. Le boulot a été fait. Les activistes, au demeurant connus et surveillés depuis longue date, qui sont passés à l’acte ont été neutralisés conformément à la loi. Mais l’émotion liée à ces événements prévisibles a été forte et son onde de choc continue à travailler le corps social et à interpeller la classe politique.
Deux types de réactions ont été observées. La banalisation irresponsable des actions criminelles des islamistes en avançant que nous avons affaire là à des actes isolés, de petite ampleur, commis par des individus moyennement organisés, dont il faut chercher la signification plus du côté du banditisme urbain ordinaire et violent que du côté d’un quelconque Jihad salafiste pompeux et improbable. Ou la dramatisation grossière qui a présenté des faits circonscrits comme le début d’une guerre que des islamistes sanguinaires liés à des réseaux terroristes internationaux ont décidé de lancer contre l’État et la société.
Dans ces deux cas de figure, l’opinion publique n’a pas trouvé son compte. Ballottée qu’elle est entre ces deux approches, elle a préféré céder à la rumeur et à une peur diffuse. Celle-ci étant d’ailleurs plus l’expression presque immature du refus de voir la réalité en face pour mieux «charger», facilement au passage, l’État de ses responsabilités qu’une sorte d’angoisse face à l’avènement d’un drame à l’algérienne.
L’islamisme activiste existe au Maroc. Il profite des espaces de liberté offerts par la démocratisation du pays et la consolidation de l’État de droit pour se développer. C’est un fait et un processus connus dans tous les pays arabes ou musulmans qui sont véritablement dans une phase de transition démocratique. Pour les autres, la question ne se pose pas. Au Maroc, l’équation que nous avons à résoudre aujourd’hui est simple. Soit les forces obscurantistes et fascisantes sont combattues par un arsenal sécuritaire régressif, voire exceptionnel, qui tournerait définitivement le dos à l’État de droit. Soit la démocratie marocaine, en s’appuyant sur la loi, et rien que la loi, sécrète ses propres antidotes à travers une politique de sécurité formelle et explicite pour arrêter toutes les dérives et toutes les actions illégales de tous les groupuscules criminels et violents quelle que soit leur nature ou leur philosophie. Entre ces deux options, il n’y a pas d’autres choix possibles. La société, la classe politique, les intellectuels et les démocrates ont trop longtemps tergiversé face au développement de la violence islamiste, de la haine, de l’excommunication, du racisme, de l’antisémitisme, et de l’instrumentalisation mafieuse de la religion musulmane et de nos valeurs. Ils n’ont pas le droit aujourd’hui de se mettre dans une posture d’arbitre qui compte les points dans un combat qui opposerait exclusivement, et presque naturellement, l’État à des groupuscules islamistes radicaux et criminels sans qu’ils ne se sentent concernés. C’est trop facile et surtout dangereux. Les élections législatives de septembre et la campagne électorale qui va les précéder devraient nous permettre normalement de poser franchement et directement ces problèmes. Or, il apparaît d’ores et déjà que ce rendez-vous que l’on dit décisif risque d’être raté si l’on ne pose pas les vraies questions. Quel est le parti qui peut annoncer clairement aujourd’hui le refus de toute alliance – et faire campagne sur ce point précis – avec les obscurantistes de tout acabit ? Quel est le parti qui est prêt maintenant à s’engager, dans la prochaine Chambre, pour le vote d’une grande loi-cadre pour la modernisation et la professionnalisation de la Sûreté nationale pour qu’elle soit à même de s’acquitter de la tâche de protection que lui a confiée la société ? Quel est le parti qui peut sur le champ indiquer clairement les valeurs réelles et profondes qui l’animent, au-delà desquelles il ne transigera sur aucune combine électoraliste qui porterait préjudice à la nation ? C’est à ce type de questions, et il y en a d’autres, que nous voulons aujourd’hui des réponses. Et pas demain.

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