L’Avenue de la démocratie

L’Avenue de la démocratie

Les Américains ont du mal à tenir pendant longtemps un discours cohérent. C’est insupportable. Ils énervent le monde. Ils n’ont pas encore fini leur équipée afghane, avec leur copain de longue date Oussama Ben Laden, qu’ils commencent déjà à lorgner du côté de Bagdad. Soit ils ont les yeux plus gros que le ventre ; auquel cas c’est proprement irrationnel et contre-productif, soit ils sont complètement à la masse et c’est extrêmement dangereux. Dans les deux cas, il faut qu’ils lâchent Bagdad et qu’ils foutent la paix aux Irakiens. Ça suffit. Nous ne comprenons rien à cette démarche américaine qui veut faire de l’Irak, tout le temps et toujours, l’Alpha et l’Omega de la rhétorique guerrière de la famille Bush – deux générations c’est beaucoup – et accessoirement faire du pays de Saddam l’ennemi de base de l’américain moyen.
Nous, en tant que «masse populaire arabe» joliment appelée, chez nous, «l’Avenue arabe» nous sommes émus. Mais avant d’aller plus loin arrêtons-nous sur ce fameux concept d’«Avenue arabe». Quand c’est traduit en français par un journaliste français de gauche, humaniste, voltairien et ex-trotskard recyclé dans l’édition de ragots , ça change : cela devient la «rue arabe». C’est une traduction tendancieuse qui entend diminuer l’Arabe en général et transformer une avenue arabe en une rue arabe, ce qui est très malhonnête.
Pour une fois que l’on a une avenue, on nous la transforme en rue. Pitoyable. Cela dit, compte tenu de l’état général des collectivités locales dans le monde arabe, je ne suis pas sûr que l’on ait beaucoup de vraies avenues chez nous. Cela fait certainement du mal à notre patriotisme pan-arabe mais c’est une vérité. Pour forcer le trait on peut même dire que nous n’avons pas non plus beaucoup de vraies rues. En fait, nous n’avons rien ou si peu. Si on avait, réellement, de vraies avenues on s’exprimerait plus librement et plus souvent.
Quand on dit, comme dans Al Jazeera, : «Mais que pense l’Avenue arabe ?», si vous n’avez pas d’avenue dans votre pays, vous êtes foutus. L’avenue est le préalable de la démocratie dans le monde arabe. La rue est une condition de sa réalisation. Et le boulevard est sa consécration. Maintenant vous commencez à saisir l’importance des élections communales chez nous et pourquoi tant de candidats honnêtes et vertueux s’y présentent avec insistance et abnégation.
Donnez-moi un bon élu et je vous fais une avenue éclairée, propre et verdoyante ; une rue bien chaussée, bien nettoyée et bien pensante, une ruelle bucolique, fleurie et très finement, et très légèrement, asphaltée aux pétales de réglisse soufflées. Il ne faut pas rêver, non plus.
Alors nous disons à monsieur Georges walker Bush d’oublier un peu Bagdad et de laisser tranquilles les Irakiens. Sinon la colère de «l’Avenue arabe» sera énorme et donnera lieu à un «boulevard» de protestations anti-américaines. La «rue» arabe ne pardonne pas ; quand elle est en colère, elle choisit l’autoroute de la haine. L’extension de la guerre à l’Irak est un choix désastreux qui aura pour conséquence de casser le front anti-terroriste et diminuer la légitimité de l’action internationale contre le terrorisme. La guerre d’Afghanistan n’est pas la guerre du Golfe. Ce ne sont pas les mêmes enjeux, et ce n’est pas la même configuration. Tout amalgame dans ce sens conduira inévitablement, en soutien avec le peuple irakien, à une sortie des pays arabes – voire des pays européens – de la coalition internationale antiterroriste. Et une rupture plus large s’installera entre «l’Avenue arabe» et les dirigeants arabes. N’est-ce pas ? Au fait, et pour en finir avec «l’Avenue arabe», est-ce vous avez déjà vu un dirigeant arabe se promener dans la rue ? Dans un boulevard ou dans une avenue ? Non. Moi, si. En Europe.

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