Le bonnet vert

Le bonnet vert

Soit le PJD nous fait une mutation à la turque : il soigne son image, il lisse son discours et met en avant les plus fréquentables d’entre ses militants pour se présenter comme un parti de gouvernement potentiel. Soit il nous fait un tour de passe-passe, dans un but tactique, pour mieux masquer en son sein l’influence idéologique décisive du Mouvement Unicité et Réforme (MUR) et ses bataillons de militants illuminés en attendant des jours meilleurs.
Que le PJD soit un parti en bonne santé, nul n’en doute. Les exhibitions et les démonstrations de force idéologiques et organisationnelles du week-end dernier ne font que confirmer ce que l’on savait déjà. Le grand écart entre les proclamations constitutionnellement iconoclastes de Mustapha Ramid et les assurances politiquement correctes du bon docteur Othmani est désormais une figure connue de l’islamisme parlementaire marocain. Après un coup de chaud intégriste, vient tout de suite, aprè,s un vent rafraîchissant et démocratisant comme si la vérité de cette formation islamiste devait toujours être recherchée dans une sorte de moyenne entre les écarts de l’un et ou de l’autre de ses responsables en vue. Il est vrai qu’avec cette technique, le ratissage est large mais il ne peut tromper que ceux qui veulent bien l’être. La réalité est autre.
Le PJD est manifestement un parti islamiste réactionnaire et obscurantiste qui manipule la religion à des fins politiciennes. Il instrumentalise la démocratie et ses attributs les plus formels pour faire avancer sa cause et consolider son ascendant, voire son emprise sur la société marocaine. Il peut choisir un type de fonctionnement démocratique en son sein, ça le concerne, mais il ne peut, à cause des valeurs qu’il véhicule, servir la démocratie dans notre pays. Celle-ci est incompatible avec l’existence d’un parti politique qui fait de la religion, celle de tous les Marocains, un fonds de commerce politicien. Le fossé est là et il est de taille.
Le rapport même à la Constitution de ce parti est trouble. Cela devrait normalement le contraindre à une clarification définitive ou à une dissolution. Mais au lieu de cela, cette formation joue comme le chat avec la souris avec une institution dans notre pays aussi structurante, suprême et sacrée que Imarat Al Mouminine. Le projet démocratique et moderniste du Maroc d’aujourd’hui est, lui-même, battu en brèche par ce parti qui ne retient de ces choix, pourtant vitaux pour le pays, que l’opportunité de les utiliser pour promouvoir des valeurs qui sont, par essence, contraires à ce même projet. Cette technique – le paradoxe de l’intégrisme parlementaire – est connue, mais le fait qu’elle prospère naturellement comme si de rien n’était est proprement déroutant.
Nous continuons à croire que si le terrorisme salafiste a frappé le Maroc avec autant de force et de facilité, c’est que le terreau extrémiste et intégriste entretenu par les islamistes marocains lui était favorable. Dans ce sens, nous continuons à considérer que le PJD, notamment, a sa part de responsabilité ne serait-ce que sur le plan idéologique dans cette dérive. La banalisation de la haine et de la violence même dans une version « édulcorée » sert la haine et la violence dans leur expression la plus brutale et la plus criminelle. Les recentrages tardifs ne changeront rien, nous semble-t-il, à cette réalité.
Othmani, Ramid ou Benkirane, c’est aujourd’hui bonnet vert ou vert bonnet. Il va falloir qu’ils fassent plus d’efforts individuellement et collectivement pour montrer aux Marocains qu’ils n’utilisent pas la démocratie pour mieux l’asservir. La charge de la preuve leur incombe.

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