Le choix des armes

Le choix des armes

C’est parti pour de bon. La mise en place des partis politiques pour les élections est entrée dans une phase active. Il ne s’agit plus d’intentions ou de position d’attente mais bel et bien de la mise en place d’un dispositif électoral opérationnel.
L’Istiqlal a pris une petite avance. Les tournées provinciales de Abbas El Fassi ont démarré depuis plusieurs mois. Préparées avec soin et encadrées par les inspecteurs locaux du parti, elles ont relayé le discours critique à l’égard du gouvernement du secrétaire général et fait entrer très tôt le parti en campagne électorale. En fait depuis les dernières élections, l’Istiqlal est en campagne permanente, tout en étant au gouvernement, justifiant cela par le fait que les élections étaient truquées afin, notamment, de le priver de son leadership «naturel» sur la vie politique nationale. Cela ne l’a pas empêché de siéger au gouvernement tout en faisant entendre, en permanence, sa petite musique lancinante de soutien critique. L’accélération de la campagne électorale va probablement inciter l’Istiqlal à élargir la distance politique qui le sépare, déjà, de ses alliés «obligés» de l’USFP.
Les socialistes marocains, eux, se sentent actuellement plus légers et plus sereins. Ils ont complètement surmonté les traumatismes du 6ème Congrès. Ceux qui devaient partir sont partis, ceux qui voulaient revenir sont revenus et les positions se sont stabilisées. Noubir Amaoui a créé son parti, Mohamed Sassi a fini son travail de deuil «théorique» et, par ailleurs, Najib Akesbi et Mohamed Hafid essaient de donner corps à une nouvelle gauche, oscillant entre la contestation et le nihilisme, dont les contours sont encore improbables. Toujours est-il que les forums de l’USFP ont démarré. Dans une tournée nationale, à la fois régionale et thématique, ils posent les jalons du programme socialiste pour la prochaine législature tout en mettant en avant le bilan politique de l’alternance. Un nouveau climat semble s’installer dans les rencontres de l’USFP, plus modernes, plus gestionnaires et plus technocratiques. Le populisme militant d’antan semble avoir cédé le pas à une approche plus pragmatique en phase avec le profil des «nouveaux socialistes» constitués essentiellement d’intellectuels, de cadres et de salariés du tertiaire, bousculés par la mondialisation.
Du côté islamiste, le PJD continue à labourer tranquillement le pays. Le discours faisant feu de tout bois est clair. L’organisation huilée et la discipline est au rendez-vous. À Oujda, ils annoncent «l’auto-transparence du parti» qui permettra de retenir les critères qui doivent présider au choix des candidats aux élections. Ils affichent leur préférence pour le mode de scrutin de liste capable «de mettre un terme à l’usage illégal de l’argent dans les élections et d’éviter que la scène politique ne soit envahie par certaines forces». Sur le bilan du gouvernement, ils ne font pas dans la nuance, Saâdeddine El Othmani, le secrétaire général-adjoint du PJD, stigmatise «l’absence d’une conception claire concernant le traitement des problèmes socio-économiques et de l’administration qui n’a pas fait l’objet de réforme comme le promettait la déclaration gouvernementale». Le PJD, on le constate bien, n’a pas l’intention de faire une campagne défensive. Il annonce la couleur avec un discours sans concession.
Quant à l’opposition de droite, le silence radio continue à être de rigueur comme si elle attendait des signaux divins pour sortir de sa torpeur. Seule la mouvance libérale, Forces citoyennes et Alliance des libertés, semble préparer sérieusement, chacun de son côté toutefois, les prochaines échéances, mais les dispositifs ne sont pas encore connus pour les uns ou sont en cours d’achèvement pour les autres. L’enjeu pour ces nouveaux partis est de démontrer qu’ils peuvent peser sur le cours de la campagne électorale en mettant en avant des identités spécifiques et justifier dans l’action leur existence qui a l’air d’inquiéter beaucoup de commentateurs.

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