Le combat est ailleurs…

Le combat
est ailleurs…

Quand le fan-club du Premier ministre reprend sa danse du ventre mou, on se met rapidement à avoir des sueurs froides. On se dit que Driss Jettou est en grave difficulté. Il n’en est, apparemment, rien, pour l’instant. Sauf que les danseurs attitrés supputant – n’ voyez pas malice – un remaniement gouvernemental ont lancé le service après-vente avant que , paradoxalement, la vente ne se concrétise.
Probablement, un nouveau must libéral. Il n’y a pas eu de remaniement mais on nous a quand même expliqué que si celui-ci intervenait, incessamment, sous peu, il serait, à mi-législature, normal, sain et souhaitable. Et si Jettou reste Premier ministre, cela voudra dire que son bilan est costaud et qu’il est intuiti personae consubstantiel à l’air du temps qui nous sert de conjoncture politique. C’est comme si on était réduit à manger des grives taciturnes et chétives à défaut de merles facétieux et moqueurs.
Pour être sérieux une seconde, il faut quand même dire que, désormais, il y a un consensus, tardif mais réel, sur le fait que les travers de ce gouvernement, dénoncés dès sa constitution, sont désormais tombés dans le domaine public. C’est un gouvernement ridicule dans le sens où il ne correspond à aucun critère accessoirement objectif susceptible de lui donner aujourd’hui un sens politique. Une majorité absurde et sans aucun liant autre que celui de vouloir s’accrocher au pouvoir. Des individualités d’inégale valeur : l’amplitude des compétences entre les uns et les autres est vertigineuse. Une pléthore de ministres que ne justifient ni les nécessités de la bonne gouvernance ni les obligations de résultats découlant d’un programme de gouvernement pourtant assez modeste. Et finalement, un Premier ministre qui aurait été certainement plus à l’aise à la tête d’un cabinet technocratique qui s’assume politiquement que chef de file d’un gouvernement politique qui n’assume rien technocratiquement.
Et tout, le problème est là. En sortant de la feuille de route démocratique telle qu’elle est universellement admise à cause justement de l’indigence de la classe politique marocaine, nous avons tout de suite «lesté» le Premier ministre nommé en dehors de cette sphère politique stigmatisée d’une majorité gouvernementale qui exprime le mieux et de la manière la plus caricaturale cette indigence. C’est cette absence de sens «originelle» que nous continuons à payer aujourd’hui.
Dans la pratique, cette posture démocratiquement iconoclaste a un prix. Une confusion totale dommageable pour l’avenir. Une absence de vision.
Une politique d’un pas en avant et de deux pas en arrière. Le tout et son contraire. Des exemples ? Allons-y.
On nomme un Conseil supérieur de l’audiovisuel et on prépare une loi de libéralisation du secteur et en même temps, on claironne que l’Etat a besoin de deux chaînes publiques. Une libéralisation de façade et un bétonnage du secteur télévisuel de l’Etat. On fait un Code de la famille courageux et révolutionnaire et on négocie en sous-main avec l’obscurantisme, notamment parlementaire. On démantèle soi-disant des monopoles d’Etat et on construit sans vergogne et contre la marché des monopoles privés en dehors de toute réglementation crédible de la concurrence déloyale. On jette en pâture à l’opinion publique le dossier, notamment, du CIH et on règle en catimini le dossier autrement plus grave de la BNDE.
On décide de «dissoudre» la Cour spéciale de Justice mais on continue à lui fourguer des dossiers de plus en plus nombreux et disparates. On embastille Laâfoura et Slimani, deux hommes d’un système, et on fout la paix à l’homme qui incarnait ce même système.
On signe des accords de libre-échange pour un marché plus fluide, plus régulé et plus créateur de richesses et en douce sous couvert de financement de la mise à niveau, on organise un accaparement sans précèdent de l’économie marocaine à côté duquel la fameuse politique de la marocanisation ressemblerait à un jeu de récréation. On choisit la démocratie et son corollaire insécable qu’ est la liberté de la presse et en même temps, on dépense une énergie inutile à vouloir brider cette fragile liberté fondamentale. On décide de bâtir un Etat de droit et une société dans laquelle l’égalité des chances a un sens et, concomitamment, on livre des pans entiers de notre économie à des clans insolents et voraces.
On veut le tout et son contraire. Et l’on fait tout et son inverse. Où est la cohérence ? La vision ? La mise en perspective ? Ce sont ces vraies interrogations qui sous-tendent la question gouvernementale. Ce sont celles-là qui demandent des réponses urgentes. C’est d’un pays qu’il s’agit, alors que tout le monde se complait dans des histoires de personnes. Il est vrai que la bagarre fait rage mais pas forcément sur le plan politique. Celui-ci n’est qu’un leurre et, d’ailleurs, les choix sont faits. C’est sur le plan économique que le combat est sanglant. Et c’est sur ce terrain que l’avenir de notre pays se joue actuellement.

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