Le deuil colonial

Le deuil colonial

L’alignement, sans conditions, des institutions européennes sur les bravades colonialistes des Espagnols est stupéfiant. Cet alignement, qui peut nuire durablement au message de l’Europe en Méditerranée, va jusqu’à l’extrême en cautionnant un acte de guerre rétrograde et de nature purement coloniale contre la souveraineté du Maroc.
Aucune instance européenne ne s’est donné les moyens de comprendre les enjeux véritables de cette crise maroco-espagnole et le lent processus qui a abouti à la dégradation des relations entre les deux pays. Et pourtant les provocations espagnoles de ces derniers mois n’ont échappé à aucun observateur sérieux, dont la plus remarquable est celle du début du mois de juillet quand cinq navires de guerre espagnols se sont postés, d’une manière ostentatoire et délibérément agressive, à 600 mètres du port marocain d’Al Hoceima.
Mais au-delà, et concernant l’affaire de l’îlot Leila, l’UE s’est attachée à un concept qui l’exonère tout simplement de prendre une position de droit. Le statu quo, sésame de cette ridicule histoire, dont font état hypocritement les Espagnols, a permis à l’Europe et à l’OTAN, également, de ne pas assumer leur responsabilité à l’égard de la souveraineté incontestable d’un pays tiers sur son territoire et d’éviter de s’exprimer sur le dossier colonial, passé et présent, particulièrement chargé d’un État membre.
C’est cette cécité qui permet aujourd’hui non seulement à la Ligue arabe mais aussi à l’Organisation de la conférence islamique d’acter le fait que l’UE et les valeurs de partage, de progrès et de coopération qu’elle défend, notamment en Méditerranée, sont invalidées par le tropisme définitivement colonial de l’un de ses membres.
Si le Maroc, par la manifestation, légale et légitime, de sa souveraineté sur l’îlot Leila, voulait révéler, à la face du monde, le vrai visage d’une Espagne dominatrice, arrogante et coloniale, il a réussi. Mais plus important encore, la présence résolument coloniale de l’Espagne en Afrique du Nord, sur le territoire marocain, notamment dans les villes marocaines de Sebta et Mellilia, ne peut être désormais perçue par la communauté des nations civilisées que comme une réalité, encore une fois, surannée et rétrograde d’une nation européenne qui se veut, semble-t-il, moderne, démocratique et attachée aux droits des hommes et des peuples. Cette affaire-là est entendue.
Les enclaves espagnoles au Maroc sont condamnées, désormais, par l’Histoire à la disparition. Le Maroc s’y emploiera – et ça sera le défi de la nouvelle génération de ses dirigeants – avec toutes ses forces en s’appuyant comme il l’a toujours fait pour parachever son intégrité territoriale sur l’unité de son peuple, sur la légitimité de sa cause et sur le droit international.
Le message de l’épisode Leila est clair. La réaction disproportionnée, agressive et inutilement belliqueuse des Espagnols montre qu’ils l’ont compris. Dans le monde contemporain, et dans cette Méditerranée nouvelle que nous voulons tous bâtir, l’Espagne n’a plus d’avenir «territorial» ou «colonial» en Afrique du Nord. Tôt ou tard, elle devra faire le deuil de la situation incongrue héritée de son passé dictatorial et colonial.
Désormais, c’est à la classe politique responsable espagnole d’expliquer cela à ses concitoyens sans surenchère électorale haineuse, sans délire nationaliste démesuré et sans dérive raciste criminelle. C’est comme cela, et uniquement, que pourra se dessiner un avenir maroco-espagnol commun, inévitable par ailleurs, basé sur le respect mutuel, le partage mutuellement fructueux, la prospérité durable et le développement constant. C’est par l’échange le plus large que nous pourrons, ensemble, y arriver et non pas par des bravades militaristes inutiles ou par des postures coloniales ridicules qui insultent sl’avenir.

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