Le guide du routard

Le guide du routard

Purée, c’est la saison ! Un autre Arabe zaïm, leader, nationaliste, fier-à-bras, conducator, dirigeant, commandant, courageux-à-plein-temps, vient de se tirer une balle entre les deux yeux en plein pied. Cela fait 34 ans qu’il fanfaronne, qu’il harangue, qu’il plastronne, qu’il discourt après tout, qu’il moralise, qu’il redresse les torts, qu’il pontifie, qu’il colérise, qu’il fait rêver, qu’il vend la lune, qu’il donne des leçons sur tout et, au bout du compte, il rentre nigaudement dans les rangs. Mouammar Kadhafi nous déçoit. Neuf mois de tractations secrètes pour tourner le dos à ce qui a fait qu’il soit ce qu’il est, c’est-à-dire Mouammar Kadhafi, himself. C’est étrange. Qu’il refuse de se faire sadammiser par Bush et Blair est une chose compréhensible, légitime, voire d’une banale prudence qui relève essentiellement d’un instinct de conservation assez élémentaire. Mais laisser les Jamahir chauffés à blanc sur le bord de la route avec leurs slogans, leurs banderoles, leurs affiches, leurs chansons, leurs tarbouches, leur Livre vert et leurs unions libres et multiples n’est pas vraiment sérieux. C’est un déni idéologique passible de sanctions devant le Tribunal démagogique international. Il nous a proposé une troisième voie – la troisième théorie universelle – pour nous libérer à la fois du marxisme et du capitalisme. Celle-ci s’avère être une voie sans issue. Ou au mieux une voie de garage. Le « guide de la révolution » du Fatih s’est rangé des camions. Il est devenu le guide du routard. Il passe à la caisse. Il paie cash pour Lockerbie, il paiera également pour l’avion français qu’il a explosé en plein vol et il finira par manger son keffieh pour acheter un retour en grâce lui permettant d’avoir une place dans un monde pensé – excusez le paradoxe ! – par Bush. Mouammar Kadhafi a démantelé les armes de destruction massive qu’il n’avait pas encore pour ne pas avoir à le faire quand il les aura. Cela s’appelle faire une économie sur l’achat de quelque chose dont vous n’avez pas les moyens – matériels ou intellectuels – de vous payer. En pyscho, dans ces cas-là, si mes souvenirs sont bons, on parle de frustration qui n’a rien à voir, comme chacun sait, avec le refoulement . Mais, comme pour le ridicule, personne à ce jour, n’en est mort. Le père du grand fleuve artificiel s’est finalement noyé en haute mer dans ses contradictions. Mais combien de temps perdu ? Combien de malheur ? Et combien de bonne foi trompée ? Les mercenaires égarés du polisario, qui connaissent bien sa générosité révolutionnaire, doivent, à l’heure qu’il est, réviser leurs comptes. Encore une défection de cette nature et ils finiront par avaler leur Livre vert de travers. Et comme dit le proverbe africain rapporté joliment, et avec gouaille formidable, par le présentateur unique, de iAfrique sur iTélévision : « Qui mange une noix de coco doit faire confiance à son anus.» Que mon Dieu m’exonère.

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