Le mieux est l’ennemi du bien

Le mieux est l’ennemi du bien

Le gouvernement nommé par S.M. le Roi jeudi 7 novembre 2002 n’est pas le meilleur gouvernement qu’aurait pu avoir notre pays en cette période cruciale que nous traversons. La déception des observateurs et de l’opinion publique est perceptible et l’on n’est pas loin de penser que le Premier ministre Driss Jettou, lui-même, ne doit pas être très satisfait de la manière dont se sont déroulés les évènements tellement ce qu’il a vécu apparaît éloigné de sa vision de l’action gouvernementale, de ses propres prises de position et de ses pétitions de principe.
Les négociations avec les partis politiques ont été longues et dures. Dans la feuille de route de Driss Jettou il y avait la volonté de constituer un gouvernement ramassé, rajeuni, fort, compétent et homogène. Sur ces cinq points, le nouveau gouvernement peut être manifestement pris à défaut.
Nous sommes loin des exigences contenues dans les différents discours royaux, et affirmées par la nomination même de Driss Jettou à la Primature compte tenu du profil et des qualités indiscutables de la personne.
Hormis le PJD, tous les partis politiques ont fait part de leur souhait de rejoindre la majorité et de rentrer au gouvernement. Une situation anormale dès le départ. Aucun parti n’a mis en avant des différences politiques ou des choix idéologiques pour déclarer que sa place dans les conditions actuelles que vit le pays est dans l’opposition. Personne, ce qui n’est pas sain, voire dangereux.
Tout de suite après, les discussions ont porté sur le « combien ». Un parti s’invite dans une majorité et tout de suite il pose la question du nombre des postes ministériels qui vont lui revenir. Combien ? C’est tout. Il ne s’enquiert ni de la politique à suivre, ni du programme, ni de la philosophie de l’action. Le chef du parti commence à demander un poste pour lui-même et ensuite, au sens large, pour ses « proches » sans aucun rapport ni avec la compétence, ni le profil, ni même le ministère. On voit les stigmates de cette démarche dans la constitution du nouveau gouvernement. Cette dérive a sans conteste obéré tous les efforts pour mettre en place un exécutif plus performant et a sans doute érodé les résolutions les plus fortes pour faire de ce gouvernement celui qui pourra relever les véritables défis.
Toutefois face à ce tirage vers le bas, à cette médiocrité généralisée, Driss Jettou a dû certainement déployer des efforts considérables pour sauver l’essentiel. Promouvoir, parfois contre les partis, des personnalités partisanes ou assimilées dignes d’intérêt pour occuper des fonctions pointues.
Sauvegarder une économie interne de l’exécutif autour de pôles cohérents. Recentrer autour du Premier ministre toutes les fonctions qui ont un rapport direct avec les investissements, le commerce extérieur, les affaires économiques, la mise à niveau et l’habitat. Ce recentrage est en soi un programme opérationnel dont le Premier ministre a dû assumer directement la charge pour l’extraire aux surenchères politiciennes stériles.
Passé les premiers moments de déception, l’on constate que Driss Jettou a malgré tout passablement réduit les dégâts. Il propose 17 personnalités nouvelles sur 39 qui occupent pour la première fois un poste ministériel et qui amèneront certainement un vent nouveau. Cette donnée est passée dans un premier temps inaperçue tellement le poids médiatique des 22 ex-ministres qui reviennent au gouvernement est fort. Sur ces 22 ministres 19 proviennent directement des deux gouvernements de Abderrahmane Youssoufi. Même si les changements sont réels au niveau non seulement de la structure mais du reprofilage de certains départements ministériels l’impression de continuité par rapport aux précédents cabinets a prévalu fortement. Aucun parti politique n’a appliqué la règle volontaire du rajeunissement du personnel ministrable, bien au contraire une grosse prime a été donnée aux anciennes figures. Cela peut se comprendre pour des partis politiques, comme l’USFP, dont les dosages au Bureau politique sont savants et précieux, mais cela est franchement incompréhensible pour des partis qui n’ont aucune vie politique interne démocratique et qui ne vivent que par rapport aux états d’âmes et aux intérêts de Zaïms à l’historicité hasardeuse.
Le mieux est l’ennemi du bien, Dieu Jettou a dû vérifier cela pendant les 28 jours qu’ont duré les consultations. Le résultat est là, à la faveur d’une consultation pour la constitution d’un gouvernement le Premier ministre, ne pouvait en même temps, changer les fondamentaux de la vie politique marocaine. Ils sont se qu’ils sont, Driss Jettou a fait avec.

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