Le statu quo de la femme

Le statu quo de la femme

Le fait que la commission de réforme de la Moudawana ait pris du retard sur le projet qu’elle devait soumettre à S.M. le Roi Mohammed VI n’a rien de surprenant en soi. Le sujet est ardu. La commission est plurielle. Les attitudes arrêtées de certains membres sont manifestes. Et le consensus est difficile à trouver dans des domaines de gestion de la vie privée qui se prêtent plus aux développements idéologiques et dogmatiques qu’à des inclinaisons au compromis.
Un des premiers acquis, et qui était en fait le premier objectif assigné à la commission par Amir El Mouminine, est de débattre dans un cadre formel d’une manière civilisée. Il fallait rapatrier ce dossier de la rue, on se souvient encore des manifestations politiques du printemps 2000, vers une table de discussion. Le débat a donc eu lieu, et on s’en félicite. Il se prolonge encore, on s’en félicite également. Mais cela nous informe, au passage, sur l’âpreté des échanges et surtout sur la faiblesse des marges de manoeuvre, qui est en fait une force de blocage, de certains membres de la commission à imposer, à tous, leurs idées. On en est là, aujourd’hui.
Dans le domaine du statut des personnes, notamment celui de la femme, il y a peu de chance de trouver, chez nous, une distance moyenne entre les idées de l’islamiste arc-bouté sur des dogmes figés et ceux du libéral militant pour des valeurs universelles. L’espace du consensus, puisque c’est la méthodologie qui a été choisie pour la commission, entre les deux camps est très réduit. Dans le meilleur des cas, il ne peut aboutir, non pas à un nouveau statut, mais à un véritable statu quo consolidé, cette fois-ci, par un consensus.
Or la question de fond qui est posée à la commission est de savoir si le consensus, comme démarche, peut aboutir à une transformation sociale, comme objectif.
On peut en douter. La transformation sociale est, en général, le produit d’un rapport de force qui en démocratie permet à une majorité d’imposer sa vision de la société à une minorité. Outre le fait qu’il y a, aujourd’hui, chez nous, obligation de dégager une majorité et une minorité claires sur ce sujet – ordinairement cela s’appelle un référendum – le rapport de force lui-même ne semble pas en faveur des libéraux ou des réformateurs. Bien au contraire, la manière dont prospère la vulgate intégriste, dans sa version rampante ou celle frontale, tout aussi dangereuse, au sein de notre société nous fait croire que nous sommes plus dans un processus régressif que dans un élan de progrès. En dehors de ces quelques considérations, il reste le risque majeur et connu de la difficulté de légiférer en temps de crise, notamment sociale. Ce qui en sort n’est en général pas bon, ni pour la société, ni pour le législateur lui-même.
Maintenant que faire ? On n’en sait rien, mais on peut, quand même, examiner quelques pistes. La commission se met d’accord sur un texte minimal – ce n’est donc pas la révolution attendue – et l’on considère que c’est un gain d’étape en attendant des jours meilleurs et il est adopté. Soit la commission ne se met d’accord sur rien, et cela peut arriver, et le Souverain en prend acte solennellement, ce qui appellera, sans doute, en temps voulu, d’autres initiatives royales. S.M Le Roi Mohammed VI pourrait, fort de toutes ses légitimités : personnelle, politique et religieuse, doter, d’une manière volontariste, la femme d’un statut moderne et novateur, et amorcer ainsi, en inversant les rapports de force, une reconquête sociale qui marginaliserait à terme et définitivement les extrémistes dans notre société.

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