Le vin est tiré

Quelles leçons peut-on tirer de la réélection de Abdelouahed Radi à la présidence de la Chambre des députés ? Aucune. Notre vie politique nous a habitués, depuis longtemps, à ce que l’on ne tire aucune leçon de rien. Les actes n’induisent aucune responsabilité. Et les conséquences d’un acte ne sont aucunement liées à l’acte lui-même. Nous sommes dans le cadre d’une logique informelle comme l’économie du même nom. C’est normal, me diriez-vous, puisque la contrefaçon des idées, la contrebande des positions et la fraude aux convictions constituent la vraie «grammaire» de notre marché politique. Ce dernier équilibre l’offre et la demande uniquement en période électorale par l’achat massif des consciences. La Chambre des représentants représente, justement, le temple – une sorte de «Wall Street» – de cette économie.
Trois options, en toute logique, s’offrent à l’Istiqlal après la défaite honorable de Abdelhamid Aouad face à Abdelouahed Radi. Précisons d’emblée que l’initiative de l’Istiqlal n’est discutable ni dans sa légitimité, ni dans sa stratégie. Si elle avait abouti, Abbas El Fassi aurait été fondé, et il n’aurait pas manqué de le faire, à demander avec vigueur à Driss jettou de prendre acte de cette nouvelle donne majoritaire. Tel n’étant pas le cas, passons et revenons à nos options.
La défaite de M. Aouad place, de fait, l’Istiqlal en dehors de la coalition majoritaire. Par conséquent, le maintien de ce parti dans le gouvernement n’est plus fondé sur un fait politique majoritaire dûment enregistré au Parlement. Les ministres istiqlaliens ou supposés tels, si leur filiation politique est authentique, ce qui n’est pas sûr pour tous, devraient, donc, partir. Ils ne partiront pas. Pourquoi ? Attendons ensemble, et avec intérêt, les explications du «Think Tank» de Abbas El Fassi sur ce point précis. Les gens qui composent ce réservoir ne manquent ni de profondeur, ni d’intelligence, ni de culot.
La défaite de M. Aouad met, également, l’Istiqlal en marge de la Koutla –si elle vit encore – et signe le divorce entre ce parti et l’USFP. Une coalition qui n’est pas capable de présenter un candidat commun à la tête de la Chambre n’en est pas une. Elle a été, dans un passé très récent, incapable, également, d’aller aux municipales d’une manière concertée. La boucle est à présent bouclée. Mais sur ce plan, aussi, il ne se passera rien. Pourquoi ? Attendons l’analyse forcément brillante que fera de ces péripéties Mohamed Elyazghi. La garde rapprochée du Premier secrétaire de l’USFP ne manque non plus ni d’élasticité, ni de compréhension, ni de sens de l’exégèse.
La défaite de M. Aouad met, finalement, l’Istiqlal dans une posture d’un excellent parti d’opposition s’il en a, véritablement, l’appétit. Après cette débâcle parlementaire, envisager les élections générales de 2007 d’un lieu de cette nature n’est pas dénué de
panache. Par ailleurs, un ticket PJD-Istiqlal en 2007 aurait, non seulement le mérite de la clarté -les valeurs étant partagées -, mais aussi celui de doter notre pays d’un seul coup d’une droite conservatrice crédible et d’un bloc national-islamiste porteur de toutes les vérités révélées ou non. Il sera mis fin ainsi à la confusion générale et au mélange des genres qui prévalent au moins depuis 2002. Mais comme personne ne veut la clarté, il en sera autrement. On nous dira que la Koutla est un choix stratégique, alors qu’il est manifeste, aujourd’hui, que c’est un choix de plus en plus calamiteux. Il est, désormais, un vrai facteur de blocage de la modernisation de la vie politique marocaine.

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