Les années de plomb économiques

Les années de plomb économiques

Alors que le climat politique et économique continue à être plombé par les « affaires », les spéculations concernant la formation du gouvernement de Driss Jettou vont bon train. Il est vrai que l’accélération subite des procédures concernant notamment les affaires du CIH et de la BP pendant cette période cruciale de la formation du gouvernement a de quoi intriguer. Au-delà de la forme de ces procédures contre lesquelles un large consensus semble désormais se dessiner dans le pays, leur timing, en cette période précise, suscite un certain nombre d’interrogations.
L’affaire du CIH est une affaire qui a été «judiciairement» ficelée par le gouvernement de l’alternance ; la manière dont elle se dénoue devant une juridiction exceptionnelle, décriée dans tout le Royaume, est en totale rupture avec les valeurs de droit et de justice que ce gouvernement était censé incarner. En outre, il est au moins cavalier et au plus extrêmement regrettable qu’un des derniers actes de ce gouvernement sur le départ – ce qui aurait dû lui inspirer un peu de retenue – ait été de prendre des décisions légères et intempestives concernant un dossier qui engage sérieusement le bilan de la moralisation de la vie publique. Quand on connaît les multiples ramifications des dossiers traités, les réseaux qu’ils mettent en cause et la nature de ces délits archétypes des années de plomb économiques, le gouvernement de l’alternance ne pouvait pas s’en laver les mains de la sorte.
On l’a dit dans plusieurs éditoriaux et on le répète : si la volonté exprimée est de faire le procès – foncièrement, si l’on peut dire, posthume et par contumace– à un système économique dévoyé qui a prévalu pendant au moins trois décennies, les cadres du CIH arrêtés ne nous seront d’aucune utilité. Or, l’action du ministre de la Justice sortant, Omar Azziman, ne nous informe nullement sur l’existence de cette volonté. Tantôt il agit directement comme le patron autonome de la Cour spéciale de justice, tantôt il fait croire que ses décisions sont gouvernementales, donc collectives, tantôt il se met dans une posture de quelqu’un qui a reçu des instructions. Bizarrement, comme son justiciable Moulay Zine Zahidi. Ce n’est ni clair, ni responsable. C’est ce flou qui, aujourd’hui, génère la stupéfaction et l’incompréhension.
Soit Azziman en a fait trop ou pas assez. Il ne peut pas décemment réduire l’affaire du CIH aux exécutants en s’offrant le luxe de protéger d’un côté les donneurs d’ordre et de l’autre les bénéficiaires. Et si à ce niveau-là il est coincé – on peut le comprendre -, il serait par conséquent plus juste et plus honnête qu’il revoie intégralement sa copie. Mais c’est peut-être trop tard.
Driss Jettou et son gouvernement, qui vont rapidement hériter de ce dossier aussi encombrant que contre-productif, devront agir rapidement. Une des premières décisions du Premier ministre devra concerner ce dossier emblématique. C’est de la manière dont ce dossier sera réglé que l’on pourra apprécier sur le terrain de la Primature la méthodologie pragmatique et les qualités humaines indéniables que l’on prête au nouveau Premier ministre. Ensuite, viendra, très vite, le dossier de l’ANAPEC et bien d’autres encore. Un vrai chemin de croix pour un Maroc nouveau, encore hanté par ses vieux démons.

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