Les chevillards ne sont pas en grève

Les chevillards ne sont pas en grève

À quelques jours des échéances électorales, les nouvelles qui continuent à venir du front ne sont pas très bonnes. Il est très peu probable qu’à l’issue du scrutin, nous ayons une nouvelle chambre renouvelée, rajeunie et avec une plus large expertise que la précédente. Une forme de climat de dépit par anticipation s’installe dans l’opinion publique, alors que la bataille contre l’abstention endémique que connaît notre pays n’est pas gagnée.
Il est patent que l’on ne sort pas les sortants chez nous. Ils s’accrochent. Soit ils obtiennent de nouveau l’investiture de leur parti contre l’avis des organes dirigeants, soit ils migrent vers d’autres partis, dans une sorte de mépris insolent pour leurs électeurs. A part quelques exceptions, on peut considérer cette attitude comme la règle.
Nous sommes très loin du contenu du discours royal du 20 août, qui avait défini clairement les responsabilités, notamment celles des partis politiques en termes de choix des candidats, de leur qualité et de leur probité. Dans une forme de surdité apparente et de cécité feinte, les acteurs de la vie partisane se comportent comme si ce discours n’avait jamais existé. Quand le chef de l’État, dans son rôle naturel, trace les orientations, détermine la voie et formule une ambition collective pour le pays d’une manière aussi moderne et généreuse, il est regrettable que la classe politique se comporte d’une manière si irresponsable, si rétrograde et si finalement criminelle.
Quel type de crédibilité et d’image va donner une chambre où les sortants les plus usés et les plus rompus ont été réinvestis ? Où les investitures ont été grossièrement achetées? Où les notables politicards les plus caricaturaux ont été adoubés ? Où des criminels potentiels de droit commun, notamment dans le trafic des stupéfiants, bénéficient d’une immunité opportune ?
Cette instance législative brune n’aura en fait et sur le fond aucune légitimité ni à légiférer, ni à prendre des initiatives, ni à restaurer l’image du travail parlementaire passablement dégradée auprès d’une opinion publique désabusée, voire blasée. Cette fois-ci, la responsabilité qu’assument les partis politiques, nouveaux et anciens, dans cette situation est écrasante. Elle est établie et nul ne pourra se cacher derrière un pseudo parti clandestin, la main invisible d’un makhzen omniprésent et envahissant, ni invoquer le poids du ministère de l’Intérieur comme il était facile et commode de le faire par le passé. La mariée est nue et c’est de son fait.
Ce constat ouvre devant nous une perspective abyssale qui ne nous rassure pas sur l’avenir des institutions qui seront issues de ce scrutin majeur. S’il n’y a pas, encore une fois, une volonté royale ferme et manifeste, l’exécutif qui risque de sortir de cette consultation ne pourra affronter aucun des problèmes du pays et nous fera perdre un temps précieux. Du choix du Premier ministre par S.M le Roi, de son profil, de son âge, de son expertise incontestable – à 33 ans Laurent Fabius était Premier ministre de la France – et du refus catégorique du Souverain de ministrables proposés fallacieusement, qui ne correspondent ni aux urgences ni aux attentes du pays, dépend en grande partie notre avenir immédiat. Les cinq années à venir ne peuvent pas être bradées parce que nos partis politiques sont capables de vendre sans vergogne et dans une sorte de trahison patriotique innommable les investitures comme la ministrabilité. L’État, en dernière instance, doit pouvoir dans ces conditions calamiteuses assumer ses responsabilités et barrer la route à la dérive antinationale.

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