Les voies du Seigneur sont très pénétrables

Les voies du Seigneur sont très pénétrables

L’ambassadeur du Maroc à Madrid, Abdeslam Baraka, se réveille d’un long sommeil. Alors que les relations entre l’Espagne et le Maroc étaient au plus mauvais point de dégradation sous le sinistre gouvernement Aznar, on n’entendait presque jamais parler de lui. Aujourd’hui que les choses changent, il refait parler de lui, non pour prendre part à une quelconque reconstruction diplomatique nécessaire, mais juste pour enfoncer un membre du gouvernement marocain. C’est plus que consternant.
Khalid Alioua, ministre socialiste de l’Enseignement supérieur, donne une longue interview à «El Siglo», un hebdomadaire espagnol, dans laquelle il se réjouit notamment de la victoire de Zapatero, tout en faisant une critique radicale du bilan d’Aznar sur le plan bilatéral et sur le plan international. C’est son droit le plus absolu.
Dans ses développements assez précis, il pointe l’influence de l’Opus dei sur le Parti populaire espagnol en ces termes : «Avec Aznar appuyant Bush, tout était beaucoup plus difficile. C’est qu’avec ces messieurs de l’Opus dei, qui sont des intégristes, des fondamentalistes, comme nos islamistes radicaux, il est très difficile de parler et encore plus difficile d’arriver à des accords». Apparemment, cette appréciation, partagée par nombre d’hommes sérieux, a chagriné les responsables de cette secte catholique.
Sur ce, le vicaire régional de l’Opus dei Espagne prend sa plume et écrit une lettre officielle à Abdeslam Baraka. Et il demande à notre ambassadeur de transmettre cette lettre à Khalid Alioua. Le vicaire dit en substance: « Je regrette la profonde méconnaissance de la réalité spirituelle de l’Opus dei que manifestent ces déclarations. Je voudrais vous transmettre, en premier lieu, que la prélature Opus dei en tant qu’institution de l’Eglise catholique a uniquement des finalités religieuses, raison pour laquelle elle ne prend pas parti dans les questions politiques». Et il ajoute : «Je pense qu’en ce moment, nous devons savoir chercher la paix, la concorde et la compréhension mutuelle qui se voient affectées par des déclarations comme celles de M. le ministre à l’égard d’une institution de l’Eglise catholique». Le message est clair. Mais ce qui l’est moins, c’est que M. Abdeslam Baraka, tout excité par cette affaire, dépasse, et de loin, le rôle de facteur que lui a assigné le membre éminent de cette secte et se transforme en communicateur zélé de cette affaire. Il parachute sans coup férir le dossier, dans son intégralité, dans quelques rédactions du pays en espérant qu’un bon usage sera fait de cette affaire. Le fait que, dans la présentation de l’interview d’«El Siglo», Khalid Alioua soit signalé comme un probable successeur de Baraka à Madrid, a dû servir de détonateur à l’action communicative désintéressée de notre ambassadeur. On a toujours su que les petites causes faisaient les grandes affaires, mais, à ce point, c’est à un vrai pétage de plomb que nous assistons.
Quand Aznar nous menait la vie dure, où était le vicaire ? Il n’est jamais sorti du bois, ni lui ni son organisation, qui, malgré ce qu’il affirme, ne s’est pas toujours contenté de prières, aussi oecuméniques soient-elles, pour peser sur les affaires du monde. Un petit détour sur le site Internet du réseau Voltaire nous fait savoir que : « Mgr Escriva de Balaguer fonda, pendant la Guerre civile espagnole, une confrérie catholique secrète, l’Opus dei (Œuvre divine), pour combattre les communistes, les anarchistes et les francs-maçons. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Opus s’installa à Rome et agrégea autour d’elle tous les anciens réseaux religieux fascistes et oustachis. Elle exfiltra les criminels les plus voyants vers l’Amérique latine et participa à l’instauration de diverses dictatures catholiques. Simultanément, elle s’adapta aux régimes démocratiques en Europe et aux États-Unis, réussissant à s’infiltrer dans les rouages économiques et politiques du pouvoir. Elle pousse aujourd’hui à la « guerre des civilisations » contre l’Islam». Voilà, on n’en dit pas plus.
Maintenant, si Abdeslam Baraka veut continuer à se faire le VRP laïc de cette loge illuminée, c’est son problème, mais il ne faut pas qu’il transforme sa rivalité réelle ou supposée avec Khalid Alioua en affaire d’Etat, en fourvoyant davantage une presse qui est déjà assez fourvoyée dans des affaires peu reluisantes. Ça suffit comme ça.

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