L’unité de la ville

L’unité de la ville

Un fait divers paru dans notre édition N° 512 du 11 novembre nous a valu une montagne de réactions qui nous laisse pantois. Première nouvelle : tout le monde le suit même ceux qui ne mangent pas de ce pain-là. Deuxième nouvelle intrigante: les affaires de moeurs font plus réagir nos lecteurs que les affaires politico-économiques. Troisième nouvelle sous forme d’axiome : quand le fait divers est au carrefour de la politique, des élections et de la démocratie locale et de la sexualité communale de nos concitoyens, il fait le bonheur de tout le monde. Même des protagonistes. Lecture de rattrapage pour les abstentionnistes. Le titre : « Un conseiller impliqué dans une affaire de moeurs. » L’accroche – elle n’a jamais aussi bien porté son nom dans notre jargon – : « En rentrant chez lui, après avoir accompli son devoir national lors des élections du 12 septembre, Mohamed B. découvre celui pour lequel il venait de voter en train de forniquer avec sa femme. » C’est clair, limpide, sans bavures et enregistré au Tribunal de première instance de Marrakech sous le numero 6386/03. Alors maintenant quelles leçons peut-on , si vous permettez, tirer, sur le plan notamment politique, de cette affaire? Allons-y gaiement.
1 – Les Marocains ne se font pas tous la même idée du devoir national. Certains candidats dégainent plus vite que les électeurs. Ils confondent le devoir national et le devoir conjugal des autres. On le savait, mais à ce point…
2 – Un paramètre supplémentaire vient au secours des observateurs politiques marocains qui se posent sérieusement des questions sur le taux d’abstention. Si l’électeur de la commune rurale de Loudaya dans la région de Marrakech s’était abstenu, il avait de fortes chances de sauver l’honneur de la tribu. Une brèche scientifique nous est ouverte : il est désormais établi qu’il y a une corrélation entre le taux d’abstention et le taux d’abstinence. Peut-être qu’il y a là une idée de colloque pour le PJD.
3 – Le mari dont la femme a été, disons, visitée par le candidat licencieux a fait un commentaire assez lucide : « Comment se fait-il que je sois remercié de la sorte, moi qui n’ai pas hésité une seconde à lui attribuer ma voix ? ». C’est juste. S’il n’avait pas voté pour lui on aurait pu penser à une manoeuvre de rétorsion. Or il s’avère que le candidat ne voulait pas que sa voix. Ce détail, en fait, a dû lui échapper durant la campagne électorale qui, dans le cadre de ce douar, devait plus ressembler à une gigantesque, et néanmoins sympathique, parade amoureuse, avec toute la finesse buccolique environnante, qu’à un meeting de Jacques Chirac à Bercy. Un truc louche quand même : l’électeur victime de l’assiduité de son élu – ou de l’élu de sa femme – s’attendait à un remerciement. C’est illégal. À la faveur de la tournure prise par les évènements, il a presque reconnu qu’en vendant sa voix, il a objectivement, dans le feu de l’action électorale, offert sa femme avec. Le vote chez nous est individuel.
4 – Pourquoi cette femme n’est pas partie voter ? On peut imaginer qu’elle ait fait le choix de l’abstention (voir point N° 2) mais en réduisant le corps électoral de sa commune, elle a exposé le sien à la convoitise. Ce n’est absolument pas l’esprit du dahir de 1976.
Maintenant, après ces quelques remarques succinctes – car il y a là matière à thèse –, notre article a omis de dire à nos lecteurs pour quel parti se présentait ce candidat libidineux. Après enquête complémentaire, il apparaît qu’il représentait le Mouvement populaire. Nous savions que le « pôle » Haraki avait ces derniers temps de la vigueur mais là, nous sommes sur les genoux. Il est vrai qu’avec le MP, la notion d’alliance électorale, a, indubitablement, un sens pragmatique mais une dimension fusionnelle comme celle-ci est un peu renversante. Surtout dans un pays, comme le nôtre, qui manque cruellement de (d)ébats politiques.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *