Nous sommes tous des Chinois

Le 14 mars 2005, l’Assemblée populaire chinoise, donc le Parlement, a adopté à une écrasante majorité une loi anti-sécession rendant illégale une indépendance de Taiwan. Ça c’est l’info dans toute sa nudité.  Mais, pour être plus explicite, un des vice-présidents du Parlement, M. Zhao,  déclare «Nous ne nous sommes jamais engagés à renoncer à l’usage de la force. Aucun pays n’accepte d’activités séparatistes. Tout pays a le droit de protéger sa souveraineté nationale.»  Voilà, c’est fini.
Maintenant, voyons les réactions à cette résolution chinoise. Tollé général. Condamnation universelle. Réprobation mondiale. Grève de la faim de Abdelaziz Belkhadem, ministre algérien des Affaires étrangères. Suicide collectif des membres du bureau de l’Union africaine. Immolation par le feu de James Baker à Houston. Non. Rien de tout cela n’a eu lieu, sinon vous l’auriez su, bien évidemment.
La médaille d’or va à Alfa Oumar Konaré, le président de la Commission de l’Union africaine (UA) : «L’adoption de la loi anti-sécession est un grand succès, non seulement pour la Chine, mais aussi pour l’Afrique.» Bravo, si Oumar. «La position de la Chine de s’opposer à la sécession et de réussir sa réunification nationale est très juste. La nouvelle loi était très importante pour sauvegarder la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Chine.» Moulay Ahmed Alaoui de son vivant, malgré la verve qui était la sienne, n’aurait pas dit mieux.
Quant à la médaille d’argent, elle va à
l’Union européenne. Écoutez voir. «L’Union européenne tient à rappeler les principes constants  qui inspirent sa politique à savoir son attachement au principe d’une Chine unique.» C’est bref, mais c’est du costaud.
Pour la médaille de Bronze, ils sont nombreux. Mais, le résultat est le même. Tout le monde se félicite de la position de la Chine et montre son attachement à son unité. La Russie comprend la position de la Chine. Le Venezuela soutient la loi anti-sécession. La Syrie, idem. L’Ouzbékistan, aussi. Et le reste est du même tonneau. Je peux, largement, m’arrêter-là, vous avez tous compris où je veux en venir.
Mais -une des caractéristiques philosophiques de la pensée obstinée est sa constance (rires)-  je ne m’arrêterai pas en si bon chemin. Imaginez que le Parlement marocain vote une loi demain sur la question du Sahara marocain et qu’il rende illégal tout référendum sur le sujet.  Que diriez-vous, alors ?  Que nous ne sommes plus en monarchie constitutionnelle. De quoi se mêlent ces mal-élus ? Si ça ne tenait qu’à eux et à leurs partis, on aurait été 1 million à défiler pour la manif de «Watanouna». La Constitution marocaine a déjà réglé le problème. Et que, en plus, le garant de notre intégrité territoriale, c’est SM le Roi. Point à la ligne.
Mais, imaginez, quand même, un vote de cette nature chez nous. Abdelaziz Bouteflika qui nous enquiquine gratuitement sur cette affaire depuis 30 ans se transformerait tout de suite en Kamikaze avec un gilet, certes Jean-Paul Gaultier, une Gabardine, sûrement, Hugo Boss, et des escarpins, indubitablement, Gucci, mais avec, surtout, 20 kilos d’explosifs  Goma2 pour faire sauter le Parlement marocain. José-Maria Aznar dirait, bien sûr, que c’est un coup de l’ETA, mais nous ne
l’écouterons pas. On a déjà donné.
Une loi anti-séparatiste  ou anti-sécession au Maroc  et c’est l’ANP algérienne qui débarque à Tindouf pour ramener Abdelaziz El Marrakchi à La Mouradia. Il serait installé de facto et de jure comme président selon la Constitution algérienne qui stipule que quand un natif d’Oujda n’est plus président, il est remplacé par un natif de Marrakech selon le bon principe démocratique de l’alternance.
Quant à Oméga Oumar Konaré, il ferait bien de se rappeler, s’il est toujours un peu notre ami, que si le Maroc a quitté l’OUA avec honneur, pertes et fracas, c’est parce que cette docte assemblée a fait entrer en son sein des séparatistes et des sécessionnistes  marocains commandités par Alger. Alors, il ferait mieux, à l’avenir, de convoquer un peu sa mémoire avant de se lancer dans des chinoiseries impossibles.

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