Nous sommes tous des islamistes

Nous sommes tous des islamistes

Dans son opération nationale de séduction, le PJD marque, sans conteste, des points. Il avance, il rassure, il tempère, il séduit. La prestation de Saâd Eddine Othmani sur la première chaîne a été le point d’orgue de cette opération. Le nouveau patron du PJD passe bien à la télé. En bon père de famille tranquille, il fait ce qu’il faut pour présenter, sous le meilleur jour, sa formation islamiste. Et ça marche.
Que les spectateurs succombent à ce charme licite, on peut les comprendre. Ils s’accrochent à la moindre parcelle de vertu visible, tellement notre classe politique les a désespérés. Dès qu’ils distinguent une once de vertu ostensible et ostentatoire et ils se mettent tous à célébrer le nouveau parangon. C’est un effet de masse connu et mesurable. Sur ce coup, Saâd Eddine Othmani a fait un exercice de style académique. En tenant un discours islamiste édulcoré, calibré et séduisant, il a presque inventé une espèce de laïcité à la marocaine. C’est vous dire !
Quand un islamiste bon chic bon genre fait confiance à sa raison, il devient fatalement laïc. La démarche « pastorale » du nouveau patron du PJD sépare, pour l’instant et à défaut d’autre chose, l’action politique de l’action religieuse. Il caresse la Constitution dans le bon sens du poil. Et il martèle les fondamentaux de la monarchie marocaine. Ce sont-là des gages que même les gogos les plus sceptiques peuvent trouver raisonnables. Alors, où est le problème ? Le problème, c’est qu’il n’y en a plus.
Il fallait juste voir la tête des invités politiques sur le plateau. On se serait cru à Lourdes. Bernadette Soubirous faisait des miracles. Elle jouait à grotte fermée. L’illumination avait changé de camp. Nos politiciens se disaient tous, à voix basse, que ce Saâd Eddine Othmani était de la trempe d’un faiseur de ministres, de gouvernements et de majorités. Rouler sous sa bannière permettrait, non seulement de se réconcilier avec Dieu –ce qui est pour certains une vraie rédemption – mais constituerait surtout un facteur de longévité politique que leurs partis usés et vieillis ne peuvent plus favoriser. En fin de compte, certainement, Dieu reconnaîtra les siens, mais à ce niveau d’exaltation politicienne, il vaut mieux ne plus avoir la foi.
La classe politique marocaine a ceci de particulier, c’est qu’elle recycle tout. Tout discours ou toute idéologie qui peuvent lui faire l’économie de montrer les vraies valeurs ou les vraies convictions qu’elle n’a pas, elle les gobe, elle les digère et elle les restitue à sa manière. Si après le socialisme, le libéralisme, le mondialisme, le crétinisme, le nihilisme, l’onanisme et l’affairisme, c’est l’islamisme qui marche aujourd’hui, alors nous sommes tous des islamistes. N’avons-nous pas, d’ailleurs, les mêmes valeurs que ces messieurs dont les affaires politiques prospèrent avec autant d’euphorie et d’arrogance? Dieu nous aime aussi, alors pourquoi sortir du champ de Sa Clémence et de Sa Mansuétude ? Il ne faut pas se gêner.

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